ÉCOUTE !

2 Co 11, 18-30 ; Mc 12, 28-34

(26 juin 1980)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous disons souvent, quand nous regardons notre vie chrétienne, qu'au fond, nous n'avons pas beaucoup la foi, que nous ne l'avons pas assez, qu'on voudrait l'avoir plus, que l'on voudrait que cette foi soit plus importante dans notre vie, qu'elle soit plus visible, plus tangible. Nous disons aussi souvent que nous n'arrivons pas à obéir à Dieu, à vivre dans cette obéissance quotidienne que nous demande la Parole de Dieu. Et, au fond, on se retrouve souvent médiocre, très lent dans le progrès de la foi et l'on s'en fait facilement une raison en se disant : "Puisque c'est ainsi, restons comme ça". Ne désespérons pas, mais peut-être nos efforts sont un peu vains et puis, à ces moments-là, Dieu nous paraît un peu lointain. Il y a un mot de l'évangile de ce jour qui doit nous éclairer sur cette attitude, sur cette désespérance que parfois nous avons sur nous-mêmes. C'est le mot : "Ecoute !" Ce mot, "Ecoute !" c'est le Seigneur qui le reprend, qui le reprend à la Loi de Moïse, puisque "Ecoute Israël !", c'est comme un thème fondamental que nous trouvons depuis le Deutéronome. "Ecoute, Israël, le Seigneur est l'unique Seigneur, et tu aimeras le Seigneur et tu aimeras ton prochain." Ce mot "Ecoute !" c'est déjà non pas simplement une disposition psychologique de notre conscience, mais c'est déjà une profession de foi. Car, on n'écoute, au fond, que ceux en qui l'on croit. On n'écoute que ceux qu'on aime. On écoute pour dire : "Vraiment tu es là ! Vraiment je crois en toi ! Vraiment, toi qui es là devant moi, tu comptes pour moi !"

"Ecoute, Israël, le Seigneur est l'unique Seigneur !" Notre écoute doit être d'abord une profession de foi en la présence de Dieu comme Dieu unique, mais elle est également liée à deux autres réalités : celle de l'amour ("Tu aimeras ") et celle du commandement ("Il n'y a qu'un seul commandement, celui d'aimer"). Or, nous opposons facilement, dans notre vie de foi et dans notre vie quotidienne aussi, l'obéissance, le commandement et l'amour. De fait, à première vue, ces mots peuvent être contradictoires si ce n'est au moins paradoxal. Or, dans l'évangile, ils ne le sont pas du tout. Justement, ils sont en lien, l'un et l'autre, à cause de ce mot "Ecoute !" Car, en hébreu comme en latin, la racine du mot écoute est absolument la même que celle du mot obéissance. Comme je le disais tout à l'heure, nous écoutons ceux que nous aimons. C'est par notre disposition d'écoute que nous pouvons nous remplir de la présence de l'autre. C'est par cette écoute que notre foi, que notre obéissance, que notre confiance va, petit à petit, nous imprégner, pour que cet amour de Dieu nous emporte vers Lui, dans l'accomplissement de sa volonté qui, à ce moment-là, n'est plus un commandement comme quelque chose qui nous contraint, mais un acte d'amour, un acte d'obéissance, une disposition de confiance.

Or nous sommes des gens qui écoutons très peu. Nous écoutons très peu les autres, et nous écoutons très peu Dieu, parce que nous parlons beaucoup. Nous parlons beaucoup aux autres, et nous nous parlons beaucoup à nous, intérieurement. N'avez-vous pas remarqué que, souvent, nous sommes en train de nous murmurer des choses, de nous dire plein de choses, dans notre cœur, dans nos pensées, et que cela, au fond, nous rend sourd à la parole de Dieu. Et c'est peut-être là la clé de cette difficulté dont je parlais au début. Alors, en cette eucharistie, demandons au Seigneur qu'Il nous aide à redécouvrir l'écoute qui est une disposition première et fondamentale de celui qui veut être disciple. Nous avons dans l'évangile de multiples exemples de ceux et de celles qui étaient là, sans rien faire d'autre que d'écouter la Parole du Seigneur. Que cette eucharistie ouvre notre cœur à la présence, à l'amour, au véritable sens du commandement que Dieu nous donne. Que notre écoute soit vraiment une écoute d'amour et de confiance vis-à-vis de Dieu qui est là au milieu de nous.

 

AMEN