NOTRE RESPONSABILITÉ DANS LA VIGNE
Ba 1, 15 b-22 ; Mc 12, 1-12
(4 juin 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Samarie : Tour de vigne
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rères et sœurs, je voudrais simplement attirer votre attention sur un aspect finalement assez fondamental de la parabole que nous venons d'entendre. Cette parabole nous est assez familière et ce qui frappe d'abord notre imagination c'est la cruauté, la révolte des gérants de la vigne. Malheureusement, nous n'avons peut-être pas toujours l'exactitude du regard.
Dans l'évangile de Marc, on prend soin pourtant de souligner un autre aspect qui me paraît presque plus essentiel. C'est la sollicitude du maître au moment où il fonde la vigne. Marc prend soin de reprendre tous les termes que le prophète Isaïe avait déjà utilisé au début de son livre, pour montrer à quel point Dieu avait souci de sa vigne. C'est la méthode traditionnelle à l'époque dans ce pays, on protège la vigne par une clôture pour empêcher les passages, ensuite on y construit le pressoir parce qu'on n'avait pas un système centralisé de coopérative comme ne Provence, et ensuite, on bâtit une tour de guet pour surveiller la vigne, chasser les oiseaux qui viennent manger les grains ou aussi les voleurs qui pourraient venir grappiller pour se nourrir de la vigne. Toute la première partie de la parabole c'est vraiment le thème traditionnel de la sollicitude de Dieu pour Israël.
Ce que veut dire d'abord la parabole, il ne faut jamais l'oublier, c'est que le peuple auquel Jésus s'adresse est aimé d'un amour absolument unique et exceptionnel. C'est à cause de l'amour même que Dieu a pour ce peuple, pour cette vigne que ceux à qui elle est confiée, et là je pense qu'il vise plus spécialement les autorités politiques et religieuses, c'est pour cela que le péché de ces autorités est d'autant plus grand. La vigne, c'est Israël, c'est le peuple, et ceux qui ont péché, ce sont ceux qui devaient normalement faire porter du fruit à la vigne et le rendre à Dieu comme il se doit dans la fonction sacerdotale dans la tradition de l'Ancien Testament. C'est là-dessus que Jésus insiste. Il dit : si on vous a envoyé les prophètes, c'est bien sûr pour tout le monde, mais c'est d'abord pour vous les gérants à qui était confié la vigne.
C'est là où l'on voit que cette parabole touche assez directement le conflit de Jésus avec les autorités religieuses et politiques. Le péché qui va aboutir dans la mort de Jésus, c'est le péché de ceux qui portent cette responsabilité du peuple.
On a gauchi souvent le sens de cette parabole. On a imaginé que c'était le peuple d'Israël dans son entier et on en a fait une parabole anti-judaïque. Mais le fond de la parabole n'est pas sur l'anti-judaïsme mais il est sur la responsabilité de ceux qui à l'intérieur, ont reçu une mission spéciale. C'est donc quelqu chose de beaucoup plus subtil que ce qu'on en a fait.
C'est une parabole qui doit nous parler encore aujourd'hui, parce que être chrétien, même si l'on n'est pas prêtre ou diacre ou évêque, c'est quand même avoir reçu une responsabilité dans l'Église vis-à-vis de ses frères, et dans notre cœur, à cause de notre péché, et parfois à cause de notre insouciance, ce péché peut continuer de ne pas faire que la vigne soit en train de porter du fruit pour Dieu. C'est notre responsabilité, ce souci de faire que la vigne, le peuple tout entier puisse vraiment porter du fruit pour le maître de la vigne, pour Dieu.
AMEN