LES DEUX RESSORTS
Tt 2, 1-8 ; Mt 18, 21-35
(10 septembre 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La vengeance cherche à briser
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rères et sœurs, malheureusement le ressort le plus puissant, que ce soit dans la littérature ou dans le cinéma, reste la vengeance. Combien de livres, combien de films ont été écrits et tournés prenant comme base cette vengeance, le fait d'avoir été trompé, d'avoir été trahi, d'avoir été blessé dans sa chair, et pour retrouver toute sa dynamique et tout son être, la seule solution c'est de se mettre en chasse de celui qui m'a blessé pour le tuer. C'est le ressort classique de beaucoup de romans policiers, on dit toujours qu'il faut chercher à qui profite le crime, ou qui voulait se venger.
Vous l'aurez compris parfaitement avec cet évangile, il y a un autre ressort qui lui, n'abîme ni celui qui a trahi ou qui a fait le mal, ni celui qui a été l'objet de cette trahison, c'est le pardon. Dans les films ou dans les romans, si l'on ne fait pas l'apologie de la vengeance au moins on montre parfaitement comment le refus de pardonner, ou comment le fait de faire du mal à l'autre détruit non seulement celui qui est attaqué et torturé, mais défigure aussi celui qui fait le mal. Dans l'évangile, ce qui nous est dit c'est que le pardon n'est pas simplement une restauration, mais c'est le fait qu'une nouvelle vie, un nouveau chemin, un nouvel avenir est possible malgré ce qui a été fait, et malgré aussi le fait que ce qui a été fait ne peut pas être réparé. Quand j'ai été profondément abîmé dans ma chair, je ne pourrai jamais retrouver l'intégrité de mon corps si le tortionnaire m'en a privé d'une partie.
En lisant avec vous cet évangile, je me souvenais d'une femme exceptionnelle qui a fait l'objet d'un petit film que nous avions montré en catéchèse familiale il y a quelques années, et qui s'appelle Maïti Girtanner. Cette jeune femme qui était pianiste et qui a fait de la résistance pendant la dernière guerre, a été arrêtée à l'âge de vingt ans par la gestapo et a été torturée de telle manière que non seulement elle n'a plus jamais pu jouer du piano ce qui était toute sa vie et sa vocation, mais elle n'a plus jamais eu la possibilité d'enfanter. Cette femme, sans accuser jamais sa faiblesse vis-à-vis de son bourreau, même en cherchant à l'invectiver et devenant tout aussi violente que son bourreau, a plutôt cherché à faire découvrir à son bourreau qu'il avait un visage humain, chose qu'il a refusé dans un premier temps, et qu'il a découvert à travers la peur de la mort en se demandant ce qu'il allait devenir le jour où il allait mourir, cet homme à la fin de sa vie a cherché à retrouver cette femme. Le chemin de cet homme même s'il s'arrêtait sur terre, s'est ouvert je le pense, pour l'éternité, puisqu'il lui a demandé pardon et que les deux se sont réconciliés.
Frères et sœurs, qu'à travers cet exemple extrême le pardon ne soit pas pour nous simplement la restauration d'un minimum de relation et de civilité avec les autres, mais que ce soit le moyen de faire passer aux autres une possibilité de vie, un avenir, mais la grâce même de Dieu pour que cette personne bénéficie du pardon et ait aussi le souci de pardonner à d'autres personnes. C'est comme cela que cette chaîne de la grâce pourra continuer à se propager afin que la vie de l'homme ne soit pas comme abîmée ou restreinte et minimisée par cette vengeance que nous avons tellement envie d'exercer, mais bien par le pardon.
AMEN