LA CONVERSION INVERSÉE
Jr 1, 31-36 ; Mt 21, 12-22
(30 août 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Est-ce cela la conversion ?
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rères et sœurs, face à cet évangile qui peut sembler un peu décousu, il y a Jésus dans le temple, il s'énerve un peu, puis il fait des guérisons, il est acclamé par les jeunes enfants, il a faim et le figuier ne lui donne pas de quoi manger donc il le pétrifie sur place. Evidemment, notre rationalité humaine cherche un fil directeur. Le premier fil directeur que nous voyons, c'est un Jésus pas très aimable un peu énervé et c'est la colère de Dieu qui s'exprime.
Permettez-moi ce matin de faire surgir un autre fil rouge qui serait du domaine de la conversion et de la finance. Qui n'a jamais avec une calculette ou sur Yahoo finances, essayé de trouver combien font vingt euros en dollars $ ou australiens, ce que vous voulez ! Que fait-on à partir de cette opération ? on prend quelque chose que l'on connaît, qui nous appartient, et on le traduit dans une autre monnaie, dans un autre langage. C'est ainsi qu'on réussit à mettre en liens deux unités très différentes. Bien sûr, grâce à l'euro, maintenant on en a un peu moins conscience, mais c'est cela la conversion. D'ailleurs, c'est cette conversion qui avait lieu dans le temple de Jérusalem puisqu'il fallait convertir la monnaie de l'occupant en monnaie du temple pour que les gens puissent acheter les colombes et les agneaux pour les sacrifices.
Le problème dans ce cas, c'est que nous pouvons vivre toute notre vie sur ce mode de conversion, c'est-à-dire ce que je suis, ce que j'ai, et comment cela peut se traduire chez l'autre avec un petit "a" quand on part à Londres ou ailleurs puisqu'ils n'ont pas l'euros, mais aussi avec l'Autre, c'est-à-dire Dieu. Qu'est-ce que j'ai, qu'est-ce que je suis et comment cela peut-il se traduire chez Dieu ? Le problème, c'est qu'on en arrive à ce qui est dénoncé dans l'Apocalypse, c'est la tiédeur. Si nous essayons de convertir cet homme et ce que nous avons à l'aune de la monnaie de Dieu, il faut avouer qu'on en arrive à pas grand-chose. Beaucoup d'entre nous se contentent de cela. En fait, le fil rouge de cet évangile, c'est la conversion à l'inverse. C'est le bouleversement de notre relation à l'autre. Il ne s'agit pas de partir de ce que nous sommes et de ce que nous avons, ce qui est très peu, mais de partir de la monnaie de Dieu, de la manière dont Dieu est, et de la manière dont il nous appelle à devenir ses enfants.
Là, la conversion se fait à l'inverse. Il ne s'agit plus de convertir Dieu à l'aune de notre humanité et de notre petitesse, il s'agit de convertir notre faiblesse et notre petite humanité à l'aune la divinité de Dieu. C'est cela qui énerve Jésus. Il est énervé à cause de cette conversion dans le temple qui aboutit à une petite régulation sympathique et urbaine entre Dieu et l'homme où rien ne bouge beaucoup, et Jésus est énervé devant le figuier parce qu'il considère que toute création et toute créature est là pour être ordonnée à la divinité. Nous, comme le figuier, nous disons à Dieu, ce n'est pas le moment, attends un peu, une fois que j'aurai amassé la somme, je verrai ce que cela va donner pour toi ! non, ce n'est pas ainsi que ça marche. C'est la raison pour laquelle la plus belle conversion à laquelle nous assistons dans cet évangile, ce sont les malades et les enfants, ceux qui n'ont rien et qui le savent, et qui par conséquent ont tout à attendre de la part de Dieu, de ce Christ qui va les guérir, et de ces enfants qui voient en Jésus le Fils de David, l'espérance en cette vie, en ce futur et en bouleversement. C'est ce regard un peu émerveillé de ces enfants vis-à-vis de leurs parents, ma maman est la plus jolie, et mon papa est le plus fort. C'est ce que ces enfants disent à Jésus : "Hosannah au Fils de David", c'est-à-dire je reconnais qu'en fait, je te dois tout !
Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de nous replonger un peu dans le monde de la finance, non pas en achetant et en revendant des actions sur les places de bourse à New York, mais que nous soyons invités à la vraie conversion. Non pas pour convertir Dieu à ce que nous sommes, mais accepter de se laisser bouleverser pour nous convertir à ce que Dieu veut pour nous.
AMEN