VA !

Jr 1, 11-19 ; Mt 19, 16-30

(19 août 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Ose l'aventure …

F

rères et sœurs, nous venons d'entendre au début de cet évangile cet extrait bien connu que l'on appelle le jeune homme riche. Seul Matthieu le nomme ainsi, dans les autres évangiles, on parle d'un homme et on ne sait pas quel est son âge. Que n'a-t-on pas dit sur cet évangile proposant une religion à deux vitesses. D'un côté, certains, les pauvres ne peuvent pas faire autrement, sont contraints de suivre le décalogue, et puis l'élite, et à eux est réservée la possibilité de tout abandonner pour suivre Jésus.

C'est ce que l'on appelle habituellement d'une part les commandements, inhérents à la vie de tout chrétien, et d'autre part, les conseils évangéliques comme si ces conseils évangéliques n'étaient pas destinés à tous les chrétiens. Dans ce texte qui met face à face Jésus et ses apôtres, d'une part et d'autre part, ce jeune homme riche, il y a quelque chose de plus intéressant à regarder, c'est ce que j'intitulerais "le temps de l'attente". L'homme est toujours pressé, cela ne date pas d'aujourd'hui, de l'ère d'Internet, du smart phone etc … l'homme aurait toujours été plutôt pressé. Ils se trouve qu'à l'époque, il n'avait pas encore inventé la technologie pour satisfaire ses désirs les plus immédiats. Il fallait bien qu'il attende !

Pourquoi est-ce que j'appelle cela le temps de l'attente ? Parce que voilà un jeune homme qui vient voir Jésus, qu'il appelle "bon maître", qui lui demande de bons conseils, et on a l'impression que Jésus ne mord pas à l'hameçon. Jésus met une sorte de recul entre lui et ce jeune homme. Il aurait pu lui dire tout de suite : viens et suis-moi. Il aurait pu lui dire : je suis le Fils de Dieu, viens et suis-moi. Or, il y a un temps d'attente assez intéressant, on a l'impression que Jésus lui passe une douche froide pour refroidir ses ardeurs. Il lui dit : tu veux obtenir la vie éternelle ? Est-ce que tu suis les commandements ? Jésus dans le résumé qu'il fait des commandements et du décalogue oublie 1° le commandement du sabbat, 2° tous les commandements liés à Dieu et il ne garde que les commandements de type négatif : ne tue pas, ne vole pas, ne fais pas ceci et cela et lien avec le prochain. En fait Jésus finit par le début du décalogue : respecte ton père et ta mère. Voilà que le jeune homme réagit : je fais tout cela, que me manque-t-il ? Là aussi, on pourrait lui dire, ce qui te manque, c'est de suivre Jésus. Et pas du tout, Jésus lui dit : "Va". Eloigne-toi de moi physiquement et géographiquement, va, donne tes biens, et seulement ensuite, suis-moi.

Autrement dit frères et sœurs, la grande intelligence de Jésus c'est de vouloir se prémunir du plus grand danger qui existe dans la relation de Dieu avec les hommes, et cela s'appelle l'idolâtrie. Bon maître … ce n'est pas moi le bon maître. Moi, je suis peut-être Dieu, mais je suis le Fils, je ne suis pas le Père. Tout au long de sa vie terrestre et au cœur même de ce dialogue qui s'instaure entre Jésus et ce jeune homme riche, Jésus ne se fait jamais passer pour ce qu'il n'est pas : je ne suis pas le Père, je suis le Fils de toute éternité. Je suis le Verbe de Dieu et je viens parmi les fils des hommes afin de leur montrer comment adorer le Père. Et voilà que cet homme vient et m'appelle bon maître comme si j'étais Dieu le Père incarné sur terre.

C'est pour cela que Jésus met tout de suite une barrière entre lui et ce jeune homme et il va instaurer ce temps d'attente afin que ce jeune homme ne recherche plus une relation idolâtrique avec les commandements, avec Jésus, mais une relation de fils libre. Car enfin, pourquoi jusque-là ce jeune homme suivait-il les commandements ? On n'en sait pas grand-chose. Peut-être les suivait-il parce qu'il avait toujours été habitué à obéir à papa et à maman ? Et comme ceux-ci étaient de bons juifs pieux, il suivait le décalogue, non pas comme un fils libre, mais comme un fils en quelque sorte prisonnier d'une relation idolâtrique avec ses parents. Dieu ne veut pas qu'on l'aime de cette manière-là. Dieu veut qu'on l'aime d'une manière totalement libre, que nous utilisions notre volonté, notre liberté, notre intelligence pour l'aimer.

Quelquefois dans notre relation avec Dieu nous pensons vouloir lui apporter le meilleur de nous-même et on a l'impression que parfois, Dieu nous rejette. Il ne nous rejette pas non pas parce qu'il ne nous aime pas, il nous rejette parce qu'il veut nous emmener ailleurs : "Va". Qu'est-ce qu'a fait le Fils de Dieu ? Il a quitté sa divinité, ce trésor qu'il avait en partage avec l'Esprit Saint et le Père, "Va" il a quitté cette richesse qui était la sienne pour vivre homme parmi les hommes et montrer aux hommes la manière de vivre cette filiation divine. C'est en fait ce que Jésus demande à ce jeune homme riche. Il lui dit : avant de te préoccuper de savoir si tu fais bien comme je voudrais que tu fasses, arrête de te tourner toujours vers moi et tourne-toi vers tes frères. C'est en te tournant vers tes frères, en abandonnant cette relation un peu viciée qu'à ce moment-là tu vivras une relation de fils de Dieu.

Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de nous interroger sur son sens authentique. Il n'est pas question, certainement pas de juger les riches, puisque ce n'est pas la richesse qui est mauvaise, mais la manière dont on l'utilise. Il n'est pas question non plus de jeter la pierre sur ceux qui veulent suivre les commandements ou le décalogue, ce n'est pas suivre la Loi en tant que telle qui est mauvais, mais c'est la manière de la faire. En fait, ce qui est au cœur de notre question, c'est est-ce que nous avons une relation libre d'enfant adulte avec le Fils de Dieu qui n'est pas Dieu le Père ? Le Christ quel est-il ? il est le chemin qui nous mène vers le Père.

 

AMEN