L'ALLIANCE AU COEUR DE LA MORT

Ap 20, 11-15 ; Mt 24, 15-28

(20 novembre 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Là où les rapaces s'assemblent …

 

F

rères et sœurs, il y a une telle abondance d'images et de signes que nous pourrions nous sentir noyés et désespérés. Dans les lectures des jours précédents, nous avions à peu près le même tableau, avec un petit mot que vous avez peut-être laissé de côté comme saisis de frayeur, la clé, c'était "la constance", petit mot qui était perdu dans ce paysage apocalyptique.

Aujourd'hui, pour moi, la clé se situe tout à la fin du texte de l'évangile et il fait référence aux cadavres et aux vautours. Que veut dire ce petit passage ? Dans une campagne ou dans un désert lorsque vous voyez au loin des vautours, vous savez qu'il y a des cadavres. Et comme on dit aussi : il n'y a pas de fumée sans feu ! Le problème c'est que nous pourrions nous arrêter aux signes et ne pas voir plus loin.

Ce petit passage on pourrait le relier à un épisode extrêmement célèbre dans le livre de la Genèse. C'est le moment où Dieu fait Alliance avec Abram (ce n'est pas encore Abraham). Abram coupe les animaux en deux, et il attend la venue du Seigneur. Il ne coupe pas les oiseaux, et il est obligé parce qu'il semble que la venue du Seigneur se fait un peu attendre aussi à cette époque, il est obligé de chasser les vautours qui veulent se repaître des cadavres des bêtes. Enfin, Dieu arrive, il passe entre les morceaux d'animaux, et par ce geste même, signe cette alliance inconditionnelle entre lui et l'homme, au point que passant seul entre les animaux, Dieu signifie qu'il s'engage pour lui-même et il s'engage aussi pour l'homme quand celui-ci n'est pas capable de tenir sa promesse. Je crois que dans ces textes apocalyptiques, nous avons à garder cette même perspective.

Sur un autre sujet que j'ai un peu travaillé et qui est le déluge, j'ai été frappé par le fait que beaucoup de textes envisageaient le déluge simplement comme un jugement, une catastrophe. Au fur et à mesure, émerge chez certains auteurs le fait que le déluge n'est pas simplement un jugement et une catastrophe, c'est le lieu même où Dieu fait alliance avec l'homme. Autrement dit, dans toute catastrophe, dans toute menace de mort, et au cœur même de la mort, il y a Dieu qui est là et qui certes, peut faire un jugement, mais nous garantit sa présence et son salut. Là où il y a des vautours, il y a des cadavres, là où il y a la mort, il y a Dieu d'une manière inconditionnelle et éternelle. A tel point que Dieu n'a jamais été aussi Dieu que quand il était confronté à la mort sur la croix, signant ainsi cette alliance renouvelée avec les hommes.

Frères et sœurs, face à tous ces problèmes qui nous assaillent, nous avons d'abord à faire preuve d'intelligence, et à faire la part des choses. En soi, à force de chercher les signes, cela ne nous sert à rien, car ce qui doit arriver, arrivera. Ce qui nous revient, ce n'est pas de nous repaître des signes de catastrophes en croyant que nous pourrons éviter la catastrophe, elle arrivera toujours, nous serons toujours face à notre mort. En revanche ce qui est de notre côté, ce qui nous appartient, c'est la manière dont nous allons vivre ce moment. C'est tout autre chose. Et cette manière, le Christ le dit dans plusieurs passages et je le lisais tout à l'heure, c'est une constance. C'est cette constance d'Abram qui, patiemment, attend l'arrivée de Dieu au cœur des cadavres et Dieu passant, signe cette Alliance avec les hommes.

Frères et sœurs, c'est cela que nous dit l'apocalyptique, c'est au cœur de la mort qu'est le salut, et il y a Dieu et au cœur de notre constance, il y a l'Alliance que Dieu veut faire avec chacun d'entre nous, cette Alliance éternelle qu'il établit entre lui et l'homme.

 

 

AMEN