L'AMOUR DÉÇU DE DIEU

Ct 4, 1-7 ; Mt 23, 23-39

 (24 septembre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous sommes surpris quelquefois par la violence des paroles de Jésus. Ainsi, celles de ce passage d'évangile où il s'en prend aux scribes, disons les théologiens, et aux pharisiens, disons ceux qui recherchent la perfection de la Loi. Jésus s'en prend à eux avec une véhémence qui nous surprend. "Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites". Pourquoi ? parce que vous vous soignez les apparences mais le fond de votre cœur est rempli de méchanceté.

Cette violence de Jésus à leur égard qu'il traite de serpents, d'engeance de vipère, qu'il accuse d'avoir négligé et tué les prophètes, cette violence ne se comprend bien que par l'exclamation qui termine ce passage d'évangile : "Jérusalem ! Jérusalem ! toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins, et vous n'avez pas voulu". Cette violence de Jésus c'est celle d'un amour déçu, c'est l'amour pour Jérusalem, la ville de l'Alliance, la ville que Dieu avait choisi pour être le lieu de sa présence, le lieu de sa révélation pour l'humanité tout entière, Jérusalem qui a trahi sa vocation. Jésus est inconsolable : "combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants mais tu ne l'as pas voulu".

Ce n'est pas une vengeance de Dieu à l'égard de Jérusalem, c'est la constatation que ce refus aboutit à une destruction intérieure. "Votre maison va être laissée déserte". Jésus a voulu sauver Jérusalem, symbole de l'humanité pécheresse, mais nous ne voulons pas, nous ne savons pas convertir notre cœur, nous ne savons pas découvrir cette tendresse de Dieu, ce désir émerveillé de Dieu. Souvenons-nous du Cantique que nous entendions tout à l'heure, comment Dieu est émerveillé, ébloui par la beauté de sa bien-aimée, qui est elle aussi Jérusalem, l'Église, nous-mêmes. C'est cette même Église que nous sommes qui est remplie de la beauté de Dieu et que Dieu aime avec émerveillement, c'est cette même Église qui est aussi faite de pécheurs et qui, comme Jérusalem, ne sait pas reconnaître la mission que Jésus lui donne.

Ne transposons pas sur les autres les pleurs, les cris, la violence de Jésus s'adressent à nous tous, c'est nous qui ne savons pas reconnaître le temps où Dieu vient nous visiter au cœur de notre vie. C'est nous qui sommes attentifs à l'extérieur des choses et non au cœur. C'est nous qui ne serons sauvés que si nous nous tournons vers la lumière du Christ en criant : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Jésus vient au nom de Dieu pour nous conduire à la beauté qui est réservée pour nous, mais encore faut-il que nous sachions nous laisser toucher et que nous entendions la Parole de Dieu qui s'adresse au cœur de notre cœur.

 

 

AMEN