LA BONNE NOUVELLE

Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13

(21 septembre 2007)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

U

ne des caractéristiques de l'évangile de saint Matthieu c'est de développer la dimension de cette Parole de Dieu à toutes les nations, ce que l'on appelle l'universalité. On peut prendre deux exemples du début, c'est Matthieu qui nous rapporte le récit de l'Épiphanie, de ces sages qui viennent d'Orient pour adorer l'Enfant Jésus, ou encore en sa finale : "Allez, de toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit". L'évangile parcourt le fait que la Parole de Dieu ne fait acception de personne, elle est audible par tous, et elle est faite pour tous. Tout homme est appelé à reconnaître cette Parole de Dieu et à en vivre. C'est d'ailleurs en ce sens certainement, qu'il s'agit d'un évangile, c'est-à-dire d'une Bonne Nouvelle, et que contrairement à d'autres systèmes religieux qui vivent par exclusion en cernant ceux qui font partie de la dite religion, et ceux qui n'en font pas partie, ou même qui excluent de manière catégorique selon des principes d'idéaux ou de telle ou telle race, telle ou telle nation, de telle ou telle culture, de principes possibles d'une religion particulière, c'est exactement l'inverse de ce que Matthieu décrit et dit du christianisme, ce que Jésus lui-même dans cet actes, fait en disant : "Je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs". C'est pourquoi Jésus pose cet acte si particulier de manger, un acte fort dans la vie d'Israël, partager le repas, une réalité importante qui est de l'ordre du lien social comme du lien familial, même intime, partager son repas avec les pécheurs et les publicains.

Ce qui signifie bien qu'aujourd'hui encore l'universalité ne consiste pas d'abord à se dire qu'il y a à peu près des hommes de tous pays dans l'Église catholique, mais consiste bien à avoir cette ouverture du cœur et de l'esprit à pouvoir recevoir de tout ce qui se vit dans le monde comme une possible attente de notre humanité à recevoir la Parole de Dieu et à en vivre. Ce principe d'universalité régit le principe même de l'Église dont on confesse qu'elle est catholique, ce qui veut dire universelle, c'est-à-dire une famille d'enfants de Dieu qui est à même de garder perpétuellement la jeunesse du cœur, celle qui ouvre toute sa vie aux possibles réalisations de Dieu dans notre monde.

L'Église ne doit pas s'enfermer ni exclure, ni poser des barrières, ou parlementer et régimenter, ce qui est souvent confondre l'universalité avec l'uniformité, mais elle doit s'ouvrir à tout ce qui fait la richesse de notre humanité, de l'homme en particulier et des peuples en général. Ainsi on comprend que c'est pour nous-mêmes également d'après ce que dit saint Paul sur l'Église où certains sont pasteurs, d'autres docteurs, d'autres apôtre et évangélistes, mais tous nous devons vivre selon le principe de l'unité, c'est-à-dire du don de l'Esprit : la même foi, le même Seigneur, le même baptême. Il y a une parfaite égalité dans ceux qui reçoivent le don de Dieu, et c'est vrai aussi pour notre propre être puisque nous pouvons avoir tendance en nous-mêmes, dans notre conscience, dans notre psychologie, dans notre vie, notre cœur, notre âme, à faire certains compartimentages, à vivre selon certaines exclusions. Que dit saint Paul dans le texte que nous avons lu lorsqu'il dit que nous devons constituer cet homme parfait il décrit cette plénitude du Christ où le Christ est tout en tous.

Le Christ aussi doit être dans la plénitude de notre existence, rien ne doit lui échapper, pas même ce que nous considérerions comme devant être mis de côté ou à part. Car si Jésus dit : je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs, nous savons trop bien que dans notre existence il y a quelque chose qui est de l'ordre du péché, de la maladie, si Jésus est sauveur, c'est pour ce péché et cette maladie qu'Il est venu, et c'est au cœur même de cette réalité qu'Il nous appelle, et c'est cela le chrétien, rempli de cette foi et de cette espérance que tout son être est appelé à être sauvé, comme chacun des hommes que je peux connaître, comme le monde entier est appelé à connaître ce salut.

C'est cela la Bonne Nouvelle.

 

AMEN