MARIAGE ET VIRGINITÉ

Tt 2, 11-14 ; Mt 19, 1-12

(11 septembre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, le passage de saint Matthieu que nous venons d'entendre est un des textes les plus clairs, des plus formels de Jésus, sur la question du mariage. Je veux relever trois points.

Le premier point, c'est que Jésus se réfère au texte de la Genèse donc aux origines du monde et de l'humanité. Dans le récit du premier chapitre de la Genèse il nous est dit que "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa". C'est la première référence que cite Jésus. Et dans le deuxième chapitre de la Genèse, après que Dieu eut fait tomber sur Adam un sommeil mystérieux, et qu'il lui ait pris une de ses côtes pour en façonner la femme qu'il lui présente et dans laquelle Adam reconnaît la chair de sa chair et l'os de ses os, il est dit : "L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair".

Ces deux références permettent à Jésus de dire que dans l'intention du Dieu créateur, l'homme et la femme sont faits l'un pour l'autre, pour vivre dans une communion à l'image de la communion divine et que pour cette raison, parce qu'ils font désormais par le mariage une seule chair, l'homme ne peut pas séparer ce que Dieu a uni. C'est donc le fondement absolu de l'indissolubilité du mariage, pour un homme et une femme se marier, ce n'est pas une expérience passagère, c'est devenir une seule chair et ceci par la volonté même de Dieu qui a créé l'homme, homme et femme pour cette union qui vient donc de lui.

C'est donc une affirmation sans équivoque de l'indissolubilité du mariage et depuis toujours l'Église a entendu ces paroles du Christ dans ce sens, et nous donnant non pas comme une simple discipline de la vie conjugale, mais le sens profond de cette vie conjugale. Le mariage pour un homme et une femme, c'est accomplir le dessein même de Dieu, ce dessein qui par l'amour humain qui les unit, veut nous conduire jusqu'au mystère de l'amour divin. Et de même que l'amour divin est sans repentance, de la même manière, Dieu nous invite dans la vie et l'expérience d'amour à découvrir que cet amour est définitif, il est pour toujours.

Le deuxième point, c'est que Jésus sait bien que dans la Loi de l'Ancien Testament, le divorce était envisagé et que si la Loi permettait ce divorce elle demandait un billet de répudiation pour éviter que le divorce soit simplement une affaire privée et une fantaisie personnelle. C'est l'objet même du piège que les pharisiens tendent à Jésus qui ne l'accepte pas. Il ne veut pas prendre part aux discussions des rabbins pour savoir quelle cause pouvait justifier une répudiation, il affirme que rien ne peut le justifier. Dans la réponse de Jésus, il y a ceci : "Je vous dis, quiconque répudie sa femme, je ne parle pas de prostitution, et en épouse une autre comment un adultère". Le mot qui est traduit ici par prostitution est un mot grec, puisque l'évangile est écrit en grec, et qui est difficile à traduire. Un certain nombre de commentateurs ont traduit ce mot par adultère, en prétendant que Jésus interdisait le divorce, sauf si la femme, certains disent l'homme également, s'était rendu coupable d'adultère.

L'Église n'a jamais accepté cette exception comme s'il suffisait que l'un des deux époux ait des relations avec une chair étrangère pour que le mariage soir compromis et remis en question. L'Église pense que Jésus contredirait ce qu'il vient d'affirmer et que s'il y avait des raisons pour répudier sa femme (Saint Marc parle aussi de la femme qui répudie son mari), le sens même de l'amour conjugal serait perdu parce qu'il serait indissoluble sauf si … En réalité le mot grec que certains traduisent par adultère est un mot beaucoup plus général qui signifie des unions illégitimes. L'opinion qui me semble la plus fondée est de dire que ces paroles du Christ : quiconque répudie sa femme, je ne parle d'une union illégitime, autrement dit, je parle d'une femme qui est vraiment épouse selon un mariage qui a été conclu devant Dieu et qui est donc véritablement une expression du dessein de Dieu, il ne s'agit pas simplement d'une liaison quelconque. On n'est pas tenu à l'indissolubilité avec une maîtresse. Voilà ce que voudrait dire ce texte. Jésus donc affirme cette indissolubilité du mariage malgré les exceptions que l'Ancien Testament acceptait, c'est un des points sur lequel la Loi nouvelle va plus loin que la Loi ancienne, celle de Moïse, parce que l'exigence relève du mystère même de Dieu.

Le troisième point que Jésus aborde c'est avec ses disciples, quand ils ont l'air de dire d'une façon qui est un petit peu vulgaire, qu'il n'est pas expédient de se marier si c'est si difficile puisqu'il faut rester fidèle toujours, Jésus élève le débat une fois encore et va parler de la virginité qui est l'abstention volontaire du mariage, non pas par mépris de celui-ci, on ne peut pas supposer que Jésus dirait que le mariage est quelque chose d'inférieur à tout ce qu'il vient de dire, puisqu'il fait partie du dessein créateur de Dieu, mais par un appel tout à fait personnel,mystérieux que seul celui qui entend cet appel peut comprendre, "qui peut comprendre qu'il comprenne" dit Jésus, et il prend 'limage qui ne nous est plus très familière aujourd'hui de l'eunuque : il y en a qui sont nés incapables de s'unir à une autre personne par les actes sexuels, il y a des eunuques, c'étaient les coutumes de l'Antiquité, que l'on avait fait tels par la main des hommes pour telle ou telle raison, et Jésus dit qu'il y en a qui acceptent d'être comme des eunuques, c'est-à-dire de s'abstenir de la relation conjugale, non pas parce que celle-ci serait mauvaise, mais parce qu'ils participent d'une autre manière au mystère de Dieu.

Ce n'est pas le lieu et je n'ai pas le temps d'expliquer comment la virginité et le mariage se complètent, mais je pense qu'il faut recueillir cette parole du Christ. La virginité n'est pas un appel qui s'adresserait à tout le monde de manière universelle, c'est un appel particulier, pour des raisons particulières, et cela ne diminue pas la grandeur du mariage, ce sont deux voies, celle du mariage indissoluble, une seule chair par la volonté de Dieu, et celle de la virginité choisie pour le Royaume, sont deux voies qui, chacun à sa manière, l'une et l'autre doivent nous aider à comprendre le mystère de Dieu. Il faut donc que les époux qui se sont engagés dans ce sacrement du mariage et ceux qui sont engagés dans les vœux de virginité sachent que leurs vocations ne sont pas exclusives mais complémentaires et qu'elle doivent s'éclairer mutuellement pour parvenir ensemble jusqu'à la révélation complète du mystère de Dieu.

 

AMEN