LA PETITESSE

2 Tm 4, 6-8 ; Mt 18, 1-10

(6 septembre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette question du plus grand dans le royaume des cieux revient assez souvent dans l'évangile, dans la bouche des disciples, des apôtres, ce qui prouve à quel point malgré ce long temps passé avec le Seigneur, c'est encore très mondain et humain, ils ne comprenaient pas. C'est pourquoi Jésus revient inlassablement quand Il répond à cette question, habituellement, Il dit : "Celui qui se fera le serviteur sera le plus grand, même si dans le monde celui qui est à table est plus g rand que celui qui le sert, moi, le Fils de l'Homme, je suis venu non pas pour être servi mais pour servir. Je ne suis pas parmi vous comme celui qui est à table mais comme celui qui sert".

Ici, Jésus prend une autre comparaison mais dont la signification est semblable : "Le plus grand dans le Royaume des cieux c'est celui qui se fera comme un petit enfant". Serviteur, petit enfant, dans un cas comme dans l'autre, c'est sur l'humilité, la petitesse que Jésus insiste. Pour entrer dans le Royaume des cieux, il ne faut pas être exceptionnel, il ne faut pas faire des prodiges, il ne faut pas rayonner de toutes les vertus, il faut être petit.

C'est une autre conception de la porte étroite dont parle aussi Jésus pour entrer dans le Royaume. Généralement, cette porte étroite, on la prend comme le symbole du détachement des richesses. Mais on peut aussi penser que cette porte étroite est une porte basse et qu'il faut être petit pour pouvoir passer. Alors, les enfants deviennent pour Jésus le signe, l'exemple, le prototype du bon chrétien, du vrai chrétien, celui qui, comme un enfant reçoit, accueille, ouvre son cœur, qui ne prétend pas s'arroger des droits et qui ouvre les mains et tout son être à ce qui lui est donné.

Etre comme un petit enfant, c'est accepter de recevoir gratuitement, sans pouvoir payer de retour, sans mérite que l'on puisse faire valoir, ce qui nous est donné comme fruit d'un amour immérité et gratuit. Voilà ce que c'est que d'être comme un petit enfant, et voilà ce que Jésus demande pour entrer dans le Royaume des cieux.

C'est une révolution par rapport à tout ce qui a été enseigné dans les philosophies et les religions du monde, où la récompense est comme le salaire des efforts, des accomplissements et des réalisations. Pour Jésus le Royaume n'est pas un salaire, il n'est pas une récompense, il est un don gratuit. C'est dans la mesure où nous savons par une expérience intérieure de notre cœur que nous n'avons pas de titre à faire valoir, pour entrer dans le Royaume, que nous sommes aptes à y entrer. Toutes les vraies valeurs de la vie sont gratuites, elles sont le fruit d'un don, d'un amour qui est injustifié et se suffit à lui-même. Savoir que nous sommes aimés par Dieu et que pour cette raison, Il nous sauvera et non pas parce que nous serons des héros ou des êtres exceptionnels, savoir que seul cet amour qui s'offre et qui se donne gratuitement est la vraie valeur, c'est cela le premier pas dans l'évangile.

Sachons entendre cette voix du Christ Seigneur, sachons ouvrir notre cœur à la gratuité du don qui nous est fait et par conséquent aussi du don que nous faisons à notre tour. Sachons ne pas faire de notre vie une comptabilité, fut-elle spirituelle ou morale, mais en faire cet accueil toujours émerveillé parce qu'inattendu.

 

AMEN