LE MYSTÈRE DE LA CROIX
2 Tm 2, 22-26 ; Mt 16, 13-28
(4 septembre 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, Nous venons d'entendre dans la version de saint Matthieu ce passage très connu de la confession de foi de Pierre qui, sous l'inspiration du Père qui est dans les cieux, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, proclame de Jésus qu'il est le Fils de Dieu, c'est-à-dire le Messie. A cette proclamation de foi de Pierre, Jésus répond en faisant de Pierre le roc sur lequel sera établie l'Église et la foi de Pierre transmise à toute la génération résistera à tous les assauts de l'enfer, de l'Hadès.
Ce qui est remarquable c'est que cette confession de foi de Pierre est immédiatement suivie par la première annonce de la Passion de Jésus. On dirait qu'à partir du moment où Jésus est proclamé par Pierre et les disciples comme le Messie, Il dévoile que la mission de ce Messie, c'est de souffrir; c'est d'être condamné, être mis à mort, et du fond de cet abîme et de cette mort, de ressusciter. C'est tellement inattendu pour les disciples qui croyaient comme tous les juifs en un Messie triomphant et vainqueur, que le même Pierre qui vient de proclamer Jésus Fils de Dieu, Messie attendu par Israël, ce même Pierre veut détourner Jésus de ses propos : "Non, cela n'arrivera pas Seigneur". Jésus fait comprendre à Pierre que malgré sa proclamation de foi, s'il ne va pas jusqu'au bout de cette conception du Messie qui n'est pas venu pour triompher militairement contre les ennemis d'Israël, mais qui est venu pour mourir, alors il se pose devant le Christ comme un obstacle, comme un Satan. Ses pensées ne sont plus celles du Père ni celles de l'Esprit, elles sont des pensées humaines ou pire qu'humaines, elles nous détournent dans le sens diabolique.
Jésus va insister encore : le rôle des disciples n'est pas de participer à un triomphe, c'est de porter leur croix comme Jésus va porter la sienne. Le cœur du mystère, c'est que donner sa vie, c'est la trouver, vouloir s'accrocher à sa vie, c'est la perdre.
Nous sommes là au cœur du mystère de la croix où Jésus manifeste par ce contexte qu'il est le mystère de l'envoyé de Dieu, du Messie, le mystère finalement du cœur de Dieu qui ne vient pas pour établir un triomphe visible, mondain, humain, mais pour nous inviter à ce chemin difficile à comprendre qui est celui de la victoire par le don, l'offrande, le sacrifice, par l'acceptation de l'humiliation, de la souffrance et de la mort.
Voilà ce que c'est que d'être disciple du Messie, parce que voilà ce que c'est que d'être le Messie, voilà ce que c'est que d'être l'envoyé de Dieu, que de manifester ce mystère profond du cœur de Dieu. Dieu qui n'est pas ce Tout Puissant comme on l'imagine trop facilement, qui peut tout faire marcher à son gré, Dieu qui et celui qui se donne jusqu'à s'abandonner, s'anéantir, et c'est là qu'Il trouve la force, la puissance, la victoire. La victoire est dans cet absolu de l'amour qui va jusqu'au don total et qui à partir de là, surgit dans la vraie vie qui n'est pas s'attacher aux biens de ce monde, à ce qui nous semble utile, nécessaire ou supérieur, mais la vraie vie.
Nous sommes invités nous aussi à prendre ce chemin parce que c'est le chemin que le Christ a pris et Il l'a pris parce c'est le chemin du cœur de Dieu. Réfléchissons à ce mystère auquel nous sommes invités : reconnaître Jésus pour le Christ, c'est reconnaître sa croix comme l'accomplissement, le don total de sa vie comme la victoire véritable de la vie sur la mort.
Frères et sœurs, que cet enseignement pénètre notre cœur et nous permette de regarder le Christ et de le suivre sur le chemin de sa croix, et ce chemin nous est offert parce que c'est celui qu'Il a pris.
AMEN