L'AUDACE DU PETIT CHIEN

2 Tm 2, 3-7 ; Mt 15, 21-28

(31 août 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, ce dialogue entre la cananéenne et Jésus ne pouvait avoir lieu qu'en Méditerranée. Vous connaissez la tradition qui existe en Méditerranée concernant le chien, il n'y a pas pire que de traiter son ennemi que de chien ou de fils de chien, c'est l'injure suprême, et d'ailleurs pour les amis des animaux quand on cherche dans la Bible un passage un peu gentil et sympathique pour celui qui est l'ami préféré de l'homme, à savoir le chien, ce n'est pas évident. Le chien est très mal vu dans la Parole de Dieu, même dans la Bible. Il faut attendre ce petit évangile pour que le regard que la femme porte sur le chien puisse se convertir. Le chien, l'animal le plus méprisable devient avec cette brave cananéenne, un animal pour qui la table de son maître est enfin ouverte.

C'est la Méditerranée, parce que si on veut inspirer le respect à quelqu'un d'autre, il faut pouvoir parler, il faut avoir de l'humour, il faut avoir le mot qui tue ! Jésus n'est pas très gentil avec cette cananéenne. Mais elle sait lui répondre. Elle lui dit que le repas n'est pas fait pour les chiens, et moi, je suis un petit chien et j'ai quand même droit aux miettes. Je crois que c'est cela qui est salué par Jésus, le fait que cette femme n'hésite pas à monter au créneau et à répondre au Seigneur.

Je pense que cette femme nous dit quelque chose de très important sur la manière dont nous envisageons notre rapport au sacré. En fait, si on resitue cet évangile, il faut se rappeler que c'est une cananéenne, elle ne fait pas partie du peuple d'Israël. Je vous rappelle que le plan de Dieu consiste très exactement à avoir une visée universelle de salut pour tous les hommes, mais ce salut passe avant tout par le choix d'Israël. C'est à travers Abraham, comment Dieu sauve par un homme qu'Il a choisi, une famille choisie, un peuple choisi. Quand Jésus dit à cette femme : "Il ne sied pas", cela veut dire que cela ne rentre pas tout de suite dans son plan, attends un peu, cela viendra après. Un peu comme le professeur est fier de faire sa démonstration au tableau, et avant qu'il n'en arrive à la conclusion, un élève doué l'interrompt et lui coup l'herbe sous les pieds, le professeur s'énerve et lui dit qu'il faut attendre, que cela viendra à la fin de la démonstration. Jésus dit à la cananéenne, oui, ton tour arrivera, il faut d'abord que l'annonce de l'évangile soit faite à tout Israël, et quand Israël sera à la table, tu y auras droit aussi. La force et l'intuition de cette femme c'est d'anticiper. Elle dit au Christ, oui, tu as un plan, mais depuis de toute éternité, l'homme bouleverse les plans de Dieu, et Il change ses plans pour venir quand même nous sauver, là encore, je vais bousculer ton plan, débrouille-toi, je sais que tu peux, que tu le veux, viens avant !

C'est cela qui saisit le cœur du Christ et il voit que cette femme a compris que dans notre rapport à Dieu, nous n'avons pas à être toujours gentil et humble, en disant, je n'ai droit à rien. Je crois que nous avons au départ et toujours, à exiger de la part de Dieu, exiger dans notre prière pour recevoir.

Même, et c'est la deuxième étape, c'est ce que nous dit cette femme dans les miettes qu'elle réclame, même si nous savons que nous n'avons pas droit, cela n'est pas grave, nous exigeons plus parce qu'en fait Dieu en nous donnant les miettes nous donne tout. Il y a la manière dont nous mesurons le désir à notre propre aune, et puis, il y a aussi Dieu qui sait aussi ce qui est bon pour nous et qui sait mesurer ce qui nous convient, exactement comme dans le désert avec la manne.

Frères et sœurs, que cette cananéenne soit pour nous l'occasion de nous réveiller dans notre vie spirituelle qui est souvent plutôt tranquille, tellement humble qu'on peut dire qu'il n'y a plus rien entre Dieu et moi, et que ce que Dieu veut, c'est que nous venions comme le petit chien, à table, même si nous n'avons pas le droit de venir à cette table pour recevoir les miettes de sa miséricorde.

 

AMEN