LE SIGNE DE L'EGLISE

Ex 14, 24-30 ; Mt 21, 12-22

(18 août 2006)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

st-ce que nos édifices témoignent suffisamment de Celui à qui il a été consacré ou dédicacé? C'est tout le problème des visiteurs, on commence la messe, vous êtes debout, et ceux de derrière sont assis, et après vous êtes assis et eux continuent à visiter debout. Il y a un jeu d'alternance que nous, comme président, nous sommes spectateurs, un jeu de visiteurs qui visitent à différents titres de l'église. Et l'église apparemment pour eux, ou pour un temps ne dit pas Celui dont elle voudrait témoigner, Celui dont elle voudrait donner un signe sur cette terre. L'édifice de pierres, comme le temple de Jérusalem, ou institution, quelque chose s'est décalé entre les édifices en tant que tels, considérés comme patrimoine culturel maintenant, et ce qu'ils devraient signifier au cœur des cités, cette présence inatrappable de Dieu. Un temple, ou une église ne disent pas la présence de pierre de Dieu, ils disent cette tentative d'aborder ce mystère.

Quand dans l'évangile, dans la personne de Jésus, Dieu vient visiter le temple, le temple ne le reconnaît pas, et il ne se reconnaît pas dans le temple. Il y a donc toujours une sorte d'imperfection, tant de l'édifice, et l'Église en tant qu'institution, à dire Celui dont elle veut témoigner. Et à cet égard, nous sommes nous, l'Église vivante. Quand j'ai dit : "le Seigneur soit avec vous", je désignais l'Église que vous êtes, que nous sommes, car elle est plus près de l'édifice de Dieu. Nous sommes nous-mêmes par notre vocation par notre baptême, des signes vivants de cette présence inatrappable de Dieu. Pourtant, il faut bien qu'on laisse des traces, des sanctuaires, des calvaires aux croisées des chemins, pour qu'un signe des hommes qui sont passés là et qui ont prié restent en mémoire et qu'ils soient lisibles par les autres. Tel est d'ailleurs, et l'on ne peut pas dégager l'architecture si belle de saint Jean de Malte, de Dieu et de Jésus-Christ et même de tous ceux qui l'ont servi jusqu'à maintenant. Il y aurait une sorte d'imposture à considérer que l'édifice peut être contemplé en tant que tel comme une sorte de réussite architecturale mais qui n'a rien à dire de Celui dont il veut parler. Il y aurait là une sorte de divorce très grave dans la mentalité contemporaine de séparer ce qu'il est et ce qui le signifie. C'est d'ailleurs un des grands problèmes qui se posent actuellement dans l'art : est-ce que Cézanne ne dit que la sainte Victoire, ou est-ce qu'il dit autre chose que la sainte Victoire ? Et c'est de cette autre chose que l'homme crève sans le savoir, quand on l'en prive. C'est une sorte d'oxygène spirituel dont l'homme a besoin, et il meurt sans le savoir. La maladie spirituelle comme je le dis souvent ici, dans cette église, on n'en souffre pas, pas directement. Par contre, les autres maladies elles se font écho en nous-même mais celle qui consiste à rompre tout doucement les liens qui nous unissent à Dieu sont des liens qui ne provoquent pas directement des souffrances sensibles.

Et pourtant, il est évident qu'il y a là un enjeu terrible, et pour chacun d'entre nous, et pour l'homme de ce monde de ne pas rompre le lien qu'il a à construire, qu'il a à travailler, à élaborer, tout au long de sa vie, avec son origine, sa fin, bref, son énigme. Si nous sommes là, c'est parce que nous essayons tant soit peu de nous confronter à cette énigme et de ne pas nous arrêter à l'édifice en tant que tel, mais d'entendre derrière l'édifice le murmure de la présence de Dieu, en sa miséricorde, en son pardon, en son pain, en son vin, en son assemblée, en son Église.

Que nos oreilles et nos yeux restent ouverts et sensibles à ce chant de Dieu qui n'a cessé d'inspirer à travers les hommes et les temps, des synagogues et des églises, tout en sachant qu'il était bien plus grand que cela et qu'il ne pouvait pas y être enfermé.

 

 

AMEN