LES SIGNES

Ex 11, 1-8 ; Mt 16, 1-12

(27 juillet 2006)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

nstinctivement l’homme religieux va chercher les signes. Il serait orgueilleux, voire illusoire de penser que nous pouvons nous passer des signes. Quelques croyants se pensant plus avertis, voulant marcher dans la foi pure, font de leur vie de foi une foi héroïque : je ne sais rien, je ne vérifie rien, mais j’avance. Cela peut durer, et il faut reconnaître que nos frères protestants, pour certains, vivent un peu selon ce régime que je trouve admirable, mais peu consolateur.

Si ce n’est pas décidé instinctivement, nous nous tournerons toujours vers des signes vérificateurs ou vers des signes indicateurs, surtout dans les moments de détresse. Le problème est de savoir ce qu’on en fait ? De même que souvent nous avons la tentation de démissionner de nous-mêmes, et d’imaginer que Dieu le fera à notre place, en vertu d’une toute puissance qui en général va à l’encontre de la liberté humaine, de même les signes sont une manière que Dieu choisit pour écrire un certain nombre de choses qui ne sont jamais pour "faire" à notre place. Ils sont signes s’ils mobilisent ce que nous sommes. Ils sont signes s’ils nous inspirent la bonne action au sens propre du terme, sinon c’est de la magie. La magie, on en a besoin, de croire qu’on est soutenu providentiellement et qu’au fond, les dieux et le divin comme le disent maintenant les gens, font à leur place. Mais le signe chrétien, c’est qu’il y a une inspiration. Dieu nous inspire et nous mobilise et nous met en action sinon ce n’est pas un signe, mais une interprétation de notre part.

C’est vrai qu’il y a une éloquence permanente de Dieu qui écrit à travers tous les événements ce qui est bon et qu’il nous inspire pour que nous le fassions et que nous le pensions. Les événements ne sont pas muets, ils sont éloquents, et ils ne sont pas éloquents comme si Dieu prenait notre place parce qu’on est fatigué sur le chemin, mais il nous inspire l’acte qui convient, ou la pensée qui convient.

Frères et sœurs, c’est pour cela que le Christ dit aux foules  qui réclament un signe : "Il ne leur sera donné comme signe que le signe de Jonas" qui est le signe du Christ lui-même et "sur ce, il les planta là et partit". Il y a une surdité que le Christ ne peu soulever, il y a une attente magique des choses, une sorte d’écriture très déployée, mais ce n’est pas comme cela que Dieu écrit dans nos vies. Il prend même le risque d’écrire tellement à l’intérieur intime de nos vies que nous pouvons ne pas le reconnaître, mais ce n’est pas grave, dans les signes qu’il nous inspire, si ces signes mobilisent le meilleur de nous-même, nous ouvrent à la générosité, nous font marcher dans la charité, c’est après coup que nous vérifierons que c’était bien l’Esprit qui soufflait en nous et non pas une attente magique d’un Dieu tout puissant, illusoire.

 

 

AMEN