AJUSTER NOTRE AGIR

Ex 10 , 1-7 ; Mt 15, 10-20

(21 juillet 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce passage d’évangile aborde une question sur laquelle on se partage souvent au plan de la vie religieuse, je dis bien vie religieuse en général. Cette question c’est le rapport entre les actes extérieurs, visibles, et l’intention du cœur. Il y a deux positions extrêmes. Il y a la position qui dans notre récit, est celle des pharisiens, c’est une attention tellement minutieuse qu’elle devient exclusive, au détail de l’action extérieure, il faut faire ceci et ne pas faire cela. Il y a des actes répréhensibles, il y a des aliments impurs, il y a un certain nombre d’observances qui sont légalement prescrites, et sur lesquelles on ne peut pas transiger. Cette position qui est celle d’un légalisme, d’une extériorité des rites et des actes, c’est celle que Jésus condamne, c’est celle contre laquelle il s’élève dans ce passage.

Il y a une autre position qui pourrait relever d’une mauvaise compréhension des paroles de Jésus et qui consisterait à dire que seule compte l’intention intérieure du cœur, les actes n’ont pas d’importance. Nous pourrions être tentés d’interpréter ainsi les paroles de Jésus, comme si l’intériorité était si capitale et si exclusivement importante que finalement, les manières extérieures de la traduire auraient peu d’importance et n’interviendraient pas.

Ce n’est pas ce que dit Jésus. Ce que Jésus dit c’est que l’essentiel se situe dans le cœur. Mais il ne dit pas que l’intention du cœur n’a rien à voir avec les actes extérieurs que l’on pose. Il ne dit pas : croyez de tout votre cœur et ensuite, faites n’importe quoi. Jésus n’a jamais dit cela, il dit même dans un autre passage que pas un point sur l’i du texte de la Loi peut être méprisé. Il faut donc donner valeur aussi aux actes extérieurs. Seulement, ce que Jésus veut nous faire comprendre, c’est qu’il y a un lien nécessaire entre le cœur et l’action extérieure. L’action extérieure prend sa valeur parce qu’elle prend son sens à partir de l’intention du cœur. Poser tel ou tel acte extérieur n’a de sens qu’en référence à ce que nous portons dans notre cœur. Par exemple donner de l’argent à un pauvre dans la rue simplement pour se débarrasser de lui, pour se donner bonne conscience, ou par habitude, ou parce que cela fait partie des gestes courants, cela n’a évidemment pas une grande valeur. Mais d’un autre côté, ne pas se soucier du pauvre qui est dans la rue, passer devant lui sans même le regarder ne pas lui prêter attention, ce n’est pas non plus conforme à l’évangile. Il faut que notre cœur soit attentif à ce pauvre, soit attentif à ses vrais besoins, et que nous essayons non pas de nous débarrasser de sa présence par quelques pièces de monnaie, mais de prendre en compte sa situation, ne serait-ce que par un mot, un sourire, peut-être un don, certainement un essai de lui venir en aide dans sa vraie misère.

Ainsi, nous ne pouvons pas faire abstraction de la traduction extérieure de nos actes, pas plus que nous ne pouvons faire abstraction de la signification profonde que nous leur donnons par l’attitude de notre cœur. Il y a entre l’intérieur et l’extérieur une relation que je pourrais appeler de "signification", c’est-à-dire que les actes extérieurs expriment, manifestent, rendent tangibles, rendent exécutoires ce que nous protons dans notre cœur. Avoir un cœur rempli de bonnes intentions et ne rien faire ne résout aucunement le problème. Faire matériellement un certain nombre de gestes sans y mettre son cœur, ne résout pas non plus le problème. Ce qui est important, c’est que notre cœur soit réellement attentif à tout ce qui se passe autour de nous, et qu’à partir de cette intention du cœur, s’expriment en vérité et non pas simplement de manière matérielle, nos actes extérieurs.

Frères et sœurs, que sur l’invitation de Jésus, nous retournions toujours à la source, c’est-à-dire au cœur pour que ce que nous portons en vérité dans notre cœur puisse rayonner dans tout notre agir.

 

 

AMEN