HOMMES DE PEU DE FOI
Ex 9, 27-35 ; Mt 14, 22-36
(20 juillet 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ans cet évangile de saint Matthieu, il y a beaucoup de peur, et peu de foi. Vous savez que l’on aime à comparer l’Église à un bateau. Ne dit-on pas d’ailleurs nous en avons un exemple sous les yeux, que les voûtes de nos églises romanes et gothiques, sont comme des coques de navires renversées. Et l’on aime dire que l’Église est comme une coque, comme un bateau qui doit aller au large, qui doit avancer laissant dans ses voiles souffler le vent de l’Esprit, et je vous passe toutes les images poétiques et romantiques de ce genre de tableau.
Mais je vais m’en servir de ces images poétiques et romantiques : l’Église est un bateau, l’Église est une barque qui avance. Appliquons-le maintenant à l’évangile. Jésus oblige les disciples à remonter dans la barque. Que vous le vouliez ou non, il faut être dans l’Église. Il nous oblige non pas à faire notre religion pour nous-même, mais à embarquer, même si le rafiot ne nous plaît pas forcément. Et chose absolument effrayante, il oblige les disciples à le devancer de l’autre côté pendant qu’il renverrait les foules. Autrement dit : allez-y tout seul ! On pourrait craindre que ce sont les rats qui quittent le navire. Cela dit, en voyant l’Église à l’heure actuelle, on peut se demander effectivement si on ne ferait pas mieux de la fuir et d la quitter plutôt que d’embarquer.
Mais une autre interprétation aussi est possible. Jésus nous oblige à le devancer. Comme l’avait fait saint Jean-Baptiste, il nous faut vraiment préparer les chemins du Seigneur. Nous ne sommes pas dispensés de penser par nous-mêmes ni de travailler pour le Seigneur, avant d’attendre comme le feront les hébreux dans le désert, que les cailles nous tombent rôties dans la bouche ! Il faut avoir aussi un peu d’élan dans le cœur pour se dire que le Seigneur nous envoie vraiment.
"Quand il les eut renvoyés, il gravit la montagne pour prier". Il faut avoir cette assurance, car il y a une vraie assurance dans l’Église, c’est que lorsque l’on dit : "Le Seigneur soit avec vous", et que l’on répond "et avec votre esprit", le Seigneur est toujours là présent. Non seulement il est présent, mais il est profondément présent parce qu’il prie pour nous. Il n’est pas loin de nous. Il ne nous a pas envoyés au-devant de lui comme si nous allions au casse-pipes en se désintéressant de ce que nous pouvons faire. Il est auprès du Père, intercédant pour nous. Il est donc auprès de nous, comme l’a défini la théologie catholique : le médiateur entre les hommes et Dieu.
"La barque elle, se trouvait déjà au milieu de la mer harcelée par les vagues, car le vent était contraire". Eh oui ! le monde n’est pas forcément pour l’Église. Le monde n’est pas forcément en train de préparer le lit de l’Église. Pourquoi se lamenter que les vents soient contraires ? Pourquoi vouloir adapter notre discours à celui du monde ? Pourquoi avoir peur d’être soi-même ?
"A la quatrième veille de la nuit, il alla vers eux en marchant sur la mer. Quand ils virent qu’il marchait sur la mer, les disciples furent troublés et pris de peur, ils se mirent à crier". On a beau être l’Église, on ne reconnaît pas forcément le Seigneur qui vient, surtout s’il vient au milieu de la nuit, surtout si c’est dans la nuit de ce monde ou dans la nuit de notre cœur. Et nous pouvons être pris de panique, nous pouvons avoir peur. L’Église peut avoir peur. "Rassurez-vous, c’est moi n’ayez pas peur ! » - « Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux ?" Pierre avance, il ne semble pas trop douter, et puis il voit les vents contraires, et là aussi il se met à couler, alors il s’écrie : "Seigneur, sauve-moi ?" L’Église a toujours eu conscience notamment par les sacrements, de donner le salut, de dispenser la grâce, d’avoir les moyens efficaces de ce salut. Mais il ne faut pas oublier que si l’Église est un moyen de transmission du salut de Dieu aux hommes, elle n’est pas à l’origine de ce salut. Elle est la première bénéficiaire, il faut qu’elle se rappelle qu’elle est la première à recevoir ce don de Dieu, ce don du salut. L’Église a aussi à crier pour elle-même : "Seigneur, sauve-moi ?"
"Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?"
AMEN