LES DEUX SEMENCES
Ex 9, 1-7 ; Mt 13, 36-43
(17 juillet 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, nous entendions il y a quelques jours la parabole de l’ivraie, qui fait partie de ces paraboles du Royaume que l’évangéliste saint Matthieu a rassemblées au chapitre treizième de son évangile, et aujourd’hui à la demande des disciples, Jésus nous donne l’explication très claire, de cette parabole.
Pourquoi Jésus parle-t-il en paraboles ? A plusieurs reprises à propos de la parabole du semeur, puis, de celle de l’ivraie dont nous parlons aujourd’hui Jésus a abordé cette question. En fait, Jésus dit aux disciples : en fait, pour vous, vous êtes initiés au Royaume de Dieu, vous êtes initiés à la mission du Fils de l’Homme et donc, vous pouvez entendre une parole qui vous dévoile le sens du Royaume, qui vous dévoile le sens de la mission du Fils de l’Homme.
Et c’est le sens des paraboles. Je vous rappelle le sens des paraboles quelques pages avant celle que nous venons d’entendre, où les disciples lui disaient, pourquoi leur parles-tu en paraboles ? C’est qu’à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à tous ces gens-là, cela n’a pas été donné. C’est pour cela dit Jésus que je leur parle en paraboles, parce qu’ils voient sans voir, et entendent sans entendre ni comprendre. Si on leur présente le mystère lui-même du Royaume, ces foules qui ne sont pas préparées, dont le cœur n’a pas encore été illuminé par la grâce de la foi, ces foules entendent ce qu’on leur dit, mais ne comprennent pas. Et Jésus cite à ce propos une prophétie d’Isaïe : "Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas, car l’esprit de ce peuple s’est épaissi, ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent et que je les guérisse". Voilà la situation. Jésus parle à la totalité des foules et beaucoup n’ont pas le cœur prêt à comprendre son message. Et pour les y amener en quelque sorte pas à pas, Jésus se sert d’images pour qu’à partir de leur expérience, l’expérience qu’ils ont quand ils sèment le grain dans un champ, qu’à partir de cette expérience, ils puissent à travers ces images s’approcher peu à peu de ce royaume. Et voici donc le sens de cette parabole de l’ivraie. Dieu a semé dans le monde représenté par un champ, il a semé la bonne semence, c’est-à-dire l’appel à la conversion, l’appel à ouvrir son cœur au message d’amour que Dieu nous adresse. Seulement, en même temps, il y a les forces du mal, ce mauvais, ce malin dont parle Jésus et qu’il va nommer ensuite, le diable. Il y a celui qui, face au mystère a fermé son cœur et veut entraîner dans son refus, les autres créatures, et lui sème dans le cœur des hommes le doute, il sème l’incompréhension, il sème un germe de refus, et ainsi dans le cœur des hommes, il y a comme une lutte entre les deux semences, la semence de l’appel de Jésus qu’il essaie d’adresser à tous les hommes et puis, cette tentation de se replier sur soi-même, de refuser l’amour, de rechercher son seul intérêt, de chercher seulement ce qui peut sembler nous être favorable, sans essayer de donner, ce qui est pourtant la seule manière d’entrer dans le Royaume des cieux. Cette semence mauvaise qui se trouve dans le cœur de tout homme à cause de la tentation, de la facilité, de la tentation de l’intérêt, de la tentation du plaisir, cette mauvaise semence croît en même temps que l’appel de Dieu et le parasite. Elle empêche que ce bon grain semé par Dieu dans nos cœurs, se développe pleinement. Jésus dit : on ne peut pas arracher l’ivraie avant l’heure de la moisson, parce que les semences sont tellement proches les unes des autres, que si on arrachait la mauvaise plante, on risquerait d’endommager en même temps les bonnes plantes. Il faut donc laisser se développer dans le cœur de l’homme, cette concurrence entre l’appel de Dieu et puis la tentation du péché. C’est l’homme qui doit pas à pas, à travers sa vie, faire son choix entre ces deux semences, entre ces deux tentations, tentation du bien, et la tentation du mal.
C’est seulement à la fin de la vie, à la fin du monde, dit Jésus, au moment de la moisson que l’on pourra, ayant coupé à la fois les bonnes plantes et aussi les mauvaises plantes, que se fera la séparation et trier le bien et le mal, non pas comme nous l’imaginons de façon simpliste que Dieu se comporte comme les dieux du paganisme, qui avaient une balance à la main pour mettre dans un des plateaux le bien, et dans l’autre le mal et pour constater si c’est le bien ou le mal qui l’emporte et ainsi décider s’il y aura récompense ou punition, en réalité, cette punition, c’est nous-même qui nous l’infligeons, à travers les choix que nous avons fait tout au long de notre vie. Si nous avons prêté l’oreille à la parole du mauvais plus qu’à la Parole de Jésus, si nous avons fermé notre cœur à cet appel au don, à cet appel à la générosité, et si nous nous sommes repliés sur nous-mêmes et sur nos propres intérêts, alors nous avons stérilisé les capacités d’amour de notre cœur, et au terme de notre vie, nous constaterons nous-mêmes, sans que Jésus ou Dieu le Père soit obligé de peser cela dans une balance, nous constaterons nous-mêmes que notre cœur, petit à petit s’est épaissi, que notre regard n’a plus vu ce qu’il y avait à voir, nos oreilles n’ont plus entendu ce pourquoi elles étaient faites, et nous constaterons qu’en nous, s’est progressivement éteint, s’est petit à petit stérilisé notre capacité de don, notre capacité d’amour, et que quand à la fin du monde, à la fin de notre vie, à la fin des temps, Jésus nous proposera le seul bonheur qui est celui d’aimer nous ne serons plus capables de répondre, et d’une certaine manière nous nous condamnerons nous-mêmes par la manière dont nous avons géré notre cœur et dont nous l’avons systématiquement orienté vers notre propre intérêt et nous avons refuse de l’ouvrir à ce don de nous-mêmes. Au contraire, si nous avons prêté l’oreille à l’appel de Dieu, et si malgré les tentations du plaisir, les tentations de l’intérêt, les tentations de tout ce qui semble correspondre à notre bien d’une manière superficielle, si malgré ces tentations nous avons suivi l’appel de Dieu en choisissant le don de soi, en choisissant l’amour des autres, en choisissant l’amour de Dieu plus que le nôtre propre, si nous avons agi ainsi, alors, nous constaterons que nous pouvons adhérer à ce bonheur que Dieu nous propose au moment de notre mort, au moment de la fin des temps, ce bonheur qui consiste à éternellement aimer, nous donner, nous oublier pour nous consacrer au bonheur des autres.
Alors, que nous écoutions ces paraboles, que nous laissions ces mots toucher notre cœur, pour que jour après jour, dans notre vie, nous ne nous fermions pas à l’appel de Dieu, mais qu’au contraire, nous sachions entendre sa voix qui parle doucement au fond de notre cœur mais que nous pouvons entendre plus profondément que la voix du mal, que la voix de l’intérêt qui nous détourne de lui.
AMEN