LE ROYAUME NOUVEAU
Ap 22, 1-7 ; Mt 24, 29-36
(25 novembre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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e titre de ce petit paragraphe que je viens de lire dans l'évangile de saint Matthieu, dans ce discours qu'on appelle eschatologique, sur la fin des temps, c'est l'ampleur cosmique de cet avènement. On ne peut pas dire que ce soit l'ampleur comique de cet avènement. On le voit, la terre est ébranlée, les astres, à commencer par les étoiles, tombent, on sent que c'est catastrophe sur catastrophe.
Qu'est-ce qui est signifié par là pour nous ? Pourquoi faut-il que l'avènement du Seigneur en gloire soit précédé par cet ordre du monde qui est complètement bouleversé ? Pour un juif, c'est Dieu qui maintient l'ensemble de cette création, qui veille à l'harmonie de cette création, pensez surtout à tous ces grands textes de la Sagesse, où par exemple dans le livre de Baruch, les étoiles répondent joyeuses : "Me voici". Les étoiles répondent à un ordre précis. Il y a le soleil, la lune, tout cela correspond à un ordre bien établi ? Pourquoi faut-il que cet ordre soit littéralement bouleversé ? Je crois pour une raison très simple et en même temps incroyable : c'est pour nous faire comprendre que le Royaume définitif, ce Royaume où, suivant le texte de l'Apocalypse, on n'aura plus besoin de la lumière du soleil ni de la lumière de la lune pour nous éclairer, on n'aura plus besoin de la lumière des astres. De mer, il n'y en aura plus, dit aussi l'Apocalypse, pour nous faire comprendre donc que le Royaume n'est pas au terme de tous nos bricolages, n'est pas au terme de tous les efforts qu'on aura fait, n'est pas au terme de ce que l'homme aura pu faire jaillir de ses mains. C'est le contraire en fait d'une sorte de messianisme politique, où si jamais tous les gars du monde se donnent la main, à ce moment-là, le Royaume de Dieu arrivera.
C'est le démenti de cela, le démenti d'une manière de penser que le Royaume de Dieu, l'avènement du Seigneur, ce Royaume de paix, de justice et d'amour, est au bout de nos efforts. Non. Le Royaume nous sera donné par Dieu. C'est pour cela qu'il y aura toute cette série de catastrophes. C'est parce que le Royaume sera complètement nouveau, radicalement nouveau. Il ne sera pas au bout de nos efforts, mais il viendra de Dieu, et l'on n'aura plus besoin de la lumière, parce que c'est le Seigneur Dieu qui nous illuminera lui-même. Donc, on recevra ce Royaume de Dieu, de la même manière que cette création, à l'origine nous a été donnée par Dieu, parce que la création n'est pas au terme de l'effort de l'homme, mais que c'est un cadeau. C'est quelque chose qui nous est confié, et de la même manière, le Royaume, à la fin des temps, nous sera confié aussi.
A chaque fois, vous l'aurez remarqué, il y a en lien avec cette première création, Dieu crée par sa Parole, Il dit, et cela est, Il crée par le souffle de sa bouche, de la même manière pour la recréation, le ciel et la terre passent, mais les Paroles ne passeront point. La Parole est toujours là pour donner comme un axe, comme ce qui saisit la création de l'intérieur. La création qui est née d'une Parole, la recréation, le Royaume nouveau jaillira aussi de cette Parole. Ce n'est pas parce qu'il faut que ce soit la catastrophe, que la terre soit ébranlée, que les astres tombent, qu'il faille se désintéresser de la création. Nous avons au contraire, à traduire cette Parole pour la création tout entière, non pour asservir cette création, mais pour la servir. Si elle doit passer par ces catastrophes, c'est parce qu'elle est promise elle aussi, à travers ces cataclysmes, à un avenir. Notre avenir, ce Royaume ne sera pas situé indépendamment de cette création dans laquelle nous avons vécu, mais elle doit elle aussi passer par la mort pour renaître, comme de la même manière nous devons passer par la mort pour renaître.
C'est un peu le sens de ces catastrophes, de cette ampleur cosmique de l'avènement du Sauveur. Elle doit passer par la mort, elle doit passer par la disparition pour une renaissance, comme nous-même. C'est cela qui est à saisir dans ces textes un peu terribles qu'on lit avant l'Avent !
AMEN