DÉCOUVRIR LE SENS DES CHOSES

Ez 26, 2-4+15-18 ; Mt 23, 13-32

(19 août 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, les textes qu'ils soient d'Ézéchiel ou de l'évangile, que nous venons de lire et que nous lisons d'ailleurs ces jours derniers, sont des textes violents et pleins de puissance, de force, des textes qui ne peuvent pas nous laisser indifférents, bien loin de cette douceur, proche du douceâtre, que nous imaginons être l'esprit de l'évangile. Le Christ a une parole exigeante, une parole difficile, une parole dure.

Dans le texte d'évangile que nous lisons, Jésus s'en prend aux pharisiens, aux scribes, à tous ceux qui ont une responsabilité religieuse dans le peuple. La violence de la condamnation qu'Il porte sur eux tient à ce que non seulement, ils refusent de croire, Jésus dit : au Royaume, entendez, à celui qui nous introduit au Royaume, à la mission de Jésus, non seulement ils refusent de croire, mais ils empêchent les autres de croire, puisque leur autorité spirituelle et religieuse a une grande influence sur le jugement des foules : vous n'entrez pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient. Mais quelle est cette manière qu'ont les pharisiens et les scribes d'empêcher d'entrer dans le Royaume, ceux qui pourtant le voudraient ? La suite du texte nous l'explique. Ces scribes et ces pharisiens, Jésus les traite d'hypocrites, c'est-à-dire, qui disent et ne font pas ce qu'ils disent. Il les traite aussi d'aveugles, c'est-à-dire, incapables de discerner la vérité de Dieu, la présence de Dieu. Il les traite d'insensés, c'est-à-dire de gens qui ne savent pas discerner le vrai, qui ne savent pas ouvrir les yeux sur ce qui est pourtant devant eux. Pourquoi hypocrites, pourquoi aveugles, pourquoi insensés ? Jésus va prendre des exemples qui tiennent à la casuistique des pharisiens. Les pharisiens étaient tellement passionnés par la Loi de Moïse qu'ils en multipliaient les préceptes, plus exactement, qu'ils essayaient d'appliquer la Loi à chaque cas particulier de la vie concrète, et de ce fait, on arrivait à être comme enserrés par un nombre incalculable de choses à accomplir, ou de choses à ne pas faire. Ce que Jésus relève dans cette casuistique des pharisiens, c'est qu'ils ne vont pas au sens profond des choses. Voilà pourquoi ils sont aveugles et insensés. Ils interdisent de prêter serment par l'or du sanctuaire, sans comprendre que c'est le sanctuaire lieu de la présence de Dieu qui donne valeur à ces objets d'or qu'on dépose dans ce sanctuaire. Ils interdisent de jurer par l'offrande qui est sur l'autel, sans se rendre compte que ce qui sanctifie l'offrande, c'est précisément l'autel, la pierre qui est symbole de Dieu le rocher. Ils interdisent de jurer par le ciel, mais pourquoi ? sinon parce que le ciel symbolise le lieu de la demeure de Dieu. Ce que Jésus demande, c'est qu'on ne s'en tienne pas à la lettre, ou à la multiplication de la lettre, des préceptes et des commandements, mais que l'on cherche à en trouver le sens, à découvrir la raison profonde.

Je crois que cette exigence de Jésus s'applique aussi à nous aujourd'hui. Nous pouvons avoir une conception de la vie chrétienne, de la vie morale, dans laquelle il y a un certain nombre de choses qu'il faut faire, il faut aller à la messe le dimanche, il faut faire sa prière le matin et le soir, et il y a un certain nombre de choses qu'il ne faut pas faire : il ne faut pas mentir, il ne faut pas jurer en vain, il ne faut pas commettre l'adultère. Nous sommes souvent tentés nous aussi d'en rester à la lettre des préceptes, mais ce que Jésus nous demande c'est d'en découvrir le sens. Pourquoi aller à la messe ? non pas parce qu'il le faut, non pas parce que c'est écrit, non pas parce que c'est une obligation, on a cette très mauvaise formule en parlant des fêtes d'obligation qui tombent en semaine mais qui sont équivalentes aux dimanches et qui donc nous obligent d'aller à la messe. Pourquoi aller à la messe sinon pour rencontrer le Seigneur, et nos frères, pour rencontrer d'un même mouvement le Seigneur qui s'offre à nous, et les frères qui sont comme nous, rassemblés par ce même Seigneur. Pourquoi prier ? non pas pour obtenir ceci ou cela, ou pour éviter tel ou tel danger comme nous le faisons trop souvent. Mais prier, c'est d'abord nous mettre en la présence de Dieu, reconnaître que Dieu nous entoure de toutes parts, qu'Il est présent dans notre cœur, qu'Il est présent dans notre corps, qu'Il est présent à nos côtés, qu'Il est présent dans nos frères. C'est cela la vraie prière.

Plus profondément encore, tous les préceptes se résument, et c'est Jésus lui-même qui nous l'a dit, et saint Paul renchérit, ces préceptes se résument à un seul : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". C'est l'amour qui est la raison d'être de toute notre vie, l'amour qui vient de Dieu parce que Dieu est amour, que Dieu nous a aimés le premier. Et parce qu'Il nous a aimés, son amour rejaillit en quelque sorte de notre propre cœur, nous rendant capables d'aimer. Alors, toutes les fautes qui sont accumulées dans le décalogue, ou dans les catéchismes, toutes ces fautes, nous devons découvrir leur sens profond, c'est que ce sont des manques d'amour. Il y a péché quand nous ne savons pas aimer, quand nous ne voulons pas aimer, quand nous refusons d'aimer. Il faut que nous sachions découvrir dans notre cœur ce motif profond qui nous conduit au mal, au péché, c'est l'incapacité ou le refus d'aimer, c'est-à-dire de sortir de nous-même pour nous donner d'un même mouvement à Dieu et à nos frères.

Quand nous examinons notre conscience, ne nous contentons pas d'une liste de commandements, d'une liste d'interdits, mais essayons de découvrir au fond de nous la vraie cause de notre mal, de notre maladie, cette maladie qu'est le péché, c'est que nous ne savons pas et souvent, nous ne voulons pas aimer. Que cet évangile nous invite à un regard plus profond sur notre vive devant Dieu.

 

AMEN