HABITÉS PAR LA PRÉSENCE DE DIEU

Ez 22, 23+31 ; Mt 12, 33-37

(9 août 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, la plupart des hommes et nous-mêmes souvent, nous estimons que la morale consiste à accomplir un certain nombre de préceptes et de commandements. Il y a une loi, et puis, nous nous efforçons d'observer cette loi et d'agir en faisant ce qui nous est prescrit. Ceci n'est pas faux, mais c'est une vue encore un peu superficielle des choses et déjà la prédication des prophètes a invité le peuple d'Israël à aller plus loin. Ce peuple d'Israël observait la lettre des commandements de Dieu, mais son cœur n'était pas prêt. C'est ce mensonge que veut démasquer le prophète Ézéchiel quand il dit à Israël : "Tu es une terre qui ne reçoit ni pluie ni averse (tu ne reçois pas la grâce de Dieu symbolisée par cette pluie), car tes chefs sont des lions rugissants qui déchirent leur proie. Ils prennent les richesses des hommes, ils prennent leur vie et multiplient les veuves, le peuple lui-même opprime le pauvre et le malheureux, il fait violence à l'étranger, il se livre au brigandage". Ainsi, Ézéchiel en appelle non pas simplement à une observance stricte et littérale de la Loi, mais à la relation que nous devons avoir avec notre frère, notre voisin, notre ami, voire même l'étranger.

Jésus va aller au fond de cette véritable appréciation morale de nos actes. Ce qui donne sens à nos actes, à nos paroles, c'est notre cœur. Voilà où est la racine : c'est du trop plein du cœur que parle la bouche. Ce que nous faisons, ce que nous disons, vient de la qualité de notre cœur, de même qu'un arbre qui est bon donne de bons fruits, de la même manière, nous ne pouvons donner des œuvres justes, nous ne pouvons être en accord avec la volonté de Dieu que si c'est au fond de notre cœur réside cette parole de Dieu, que si nos lèvres, nos mains, nos gestes nos actes, nos paroles, tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons, vient de la réalité de notre être profond et de l'habitation de Dieu dans notre cœur. Si notre cœur est plein de l'amour de Dieu, alors nos actes immanquablement traduiront cet amour. Mais si nous nous contentons d'observer des règles, sans que notre cœur soit concerné, si notre être profond n'est pas en accord avec cette volonté de Dieu qui est une volonté d'amour et de miséricorde, alors, tout ce que nous ferons sera marqué par ce manque intérieur, par cette absence de la présence réelle de l'amour de Dieu dans notre cœur.

Alors, frères et sœurs, ne nous contentons pas d'observer des lois, d'observer des commandements, mais que véritablement, ce soit le fond de nous-même qui soit remis en question. Est-ce que nous sommes capables d'aimer notre frère ? d'aimer celui que nous ne connaissons pas, d'aimer celui qui est un étranger ou qui nous semble différent, qui nous heurte, d'aimer, et Jésus le dira dans un autre passage de ce même évangile, d'aimer notre ennemi ? Il faut que nous soyons capables de faire régner l'amour contre toute violence, contre toute hostilité, contre toute différence, contre tout rejet. Ou bien notre cœur est habité par la tendresse de Dieu, ou bien nos actes ne pourront que nous condamner.

Frères et sœurs, examinons notre cœur et laissons-nous habiter par cette présence aimante de Dieu.

 

 

AMEN