LE TOUT-AUTRE ET LES AUTRES
Ez 18, 19-23 ; Mt 7, 6-12
(14 juillet 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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oilà presque une série de sentences, voire même de proverbes. En effet, nous avons l'habitude d'entendre ces paroles, de les mémoriser avec facilité. D'ailleurs, l'évangile, surtout celui de Matthieu, est un évangile dont les phrases sont faciles à mémoriser : ne jetez pas des perles aux pourceaux, c'est devenu une phrase assez courante dans notre culture. Ou encore, ce qui s'appelle la règle d'or : tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous-mêmes, faites-le aux autres. On a souvent pensé du coup, que Matthieu était assez sentencieux. Et le film de Pasolini sur l'évangile de Matthieu laisse croire que Matthieu nous donne de méditer, de contempler un Christ dur, un Christ qui assène les choses les unes après les autres, comme s'Il faisait la leçon.
Or, ne serait-ce que ces quelques petits passages que nous avons lu, sont plutôt empreints d'une sorte de simplicité, de sagesse. Lorsqu'on lit aujourd'hui des livres sur "comment se faire des amis, comment entrer en relation, comment bien être en société les uns avec les autres", on pourrait exactement trouver chez ces meneurs d'hommes ou chez ceux qui pensent améliorer vos qualités relationnelles, finalement, ce type de phrase : faites aux autres ce que vous aimeriez que les autres fassent pour vous.
Quelle est donc l'originalité de cet évangile. Vous me direz que c'est peut-être de l'avoir dit avant tous ces gens qui ont écrit sur les modalités relationnelles dans la société. Certes, c'est déjà une réponse. Mais cela va plus loin. Matthieu n'y va pas par quatre chemins, puisque après avoir dit : tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour les autres, il continue en disant : voilà la Loi et les prophètes. Nous n'y faisons peut-être pas attention, mais lorsque Matthieu écrit : voilà la Loi et les prophètes, cela veut dire : voilà toute l'Ecriture. Voilà l'ensemble, puisque la Loi et les prophètes c'est exactement ce qui est lu à l'assemblée synagogale, voilà l'ensemble de ce qui est la révélation pour le peuple d'Israël. Alors, bien sûr, il y a une certaine sagesse, cela peut être une des réponses. Il y a une certaine sagesse humaine que Dieu ne refuse pas. Dieu ne dit pas des choses si extraordinaires, qu'elles en soient inatteignables. La loi même du talion, c'est une loi de sagesse, œil pour œil, dent pour dent ! c'est-à-dire ne rend pas plus que le mal qu'on t'a fait. Ce serait déjà un grand progrès dans l'humanité, si on se contentait au moins de cela. Et si de fait, on faisait pour les autres au minimum ce que l'on voudrait que l'on fasse pour nous-même, ce serait un progrès encore plus considérable pour l'humanité. Et voilà que Dieu nous invite à nous rendre compte que les premiers chemins de la découverte de Dieu sont aussi simples que ces maximes de sagesse, que ce minimum de savoir-vivre. Dieu a peut-être la politesse de s'adresser à l'homme en lui demandant simplement d'avoir déjà au moins quelque relation correcte, quelque attention, quelque écoute à l'autre. Pourquoi ? Parce qu'en accueillant, en écoutant l'autre, en ne faisant pas de sa vie un centre, mais vouloir pour l'autre ce qu'on désirerait pour soi-même, c'est déjà être accueillant, c'est déjà écouter le Tout Autre, c'est-à-dire Dieu. Est-ce que le chemin vers Dieu est si compliqué ? Non. Le chemin vers le Tout Autre, c'est le chemin vers les autres. Et le chemin vers les autres, c'est la possibilité de rencontrer celui qui s'est fait homme parmi tous les autres, Jésus-Christ.
Que cela nous fasse comprendre que ce visage d'un Christ vrai Dieu et vrai homme, c'est le visage d'un Dieu qui accepte l'humanité, et peu à peu, au quotidien, simplement et avec sagesse, nous montre le plus beau de cette humanité, sa capacité de s'ouvrir à l'autre.
AMEN