L’IMPATIENCE AMOUREUSE DE DIEU
Ap 21, 1-7 ; Mt 24, 37-51
(25 novembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e Royaume de Dieu dans la version actuelle est une version qui arrive tout doucement. Nous avons même le loisir de pouvoir aller vers lui, c’est ce qui se passe quand nous venons à la messe, quand nous allons vers les sacrements, quand nous demandons que Dieu vienne en nos cœurs, dans nos vies, ou en différents événements, nous nous préparons à cette rencontre et nous allons vers lui, vers cet événement. Il ne nous prend pas à l’improviste, il ne surprend pas, nous avons l’habitude d’attendre que ce mouvement du cœur arrive en nous pour nous préparer et nous mettre en chemin, pour aller à l’église, ou vers la prière, ou dans une demande de le rencontrer. C’est la méthode douce de le rencontrer.
Il y a la version plus violente qui est celle que nous entendons dans les textes aujourd’hui, c’est Lui qui va venir un jour à notre rencontre, complètement, qui va nous surprendre, qui va surgir. C’en sera assez de ces voilements, de ces discrétions dans la manière que Dieu a d’attendre que nous nous engagions sur son chemin. Il va surgir en nos cœurs, aux endroits imprévus. Il va nous surprendre.
On pourrait par rapport à cette violence du Royaume, à ce surgissement, penser que nous sommes (c’est la lecture un peu culpabilisante que nous pourrions avoir et qui a eu son succès dans l’Église), c’est que Dieu nous surveille. Il est derrière la porte et il attend, c’est ce qu’on raconte dans la parabole du majordome, quand nous nous serons relâchés dans l’attente que nous avons de Dieu, nous commencerons à boire à manger, à nous défaire de cette attente, Dieu ouvrira la porte et dira : je t’ai surpris en flagrant délit. Nous avons alors cette lecture du flagrant délit du Royaume de Dieu. Il viendra quand nous nous y attendons le moins, alors, soyons très scrupuleux. C’est la lecture que nous pouvons avoir de notre côté, cette lecture de celui qui voit tout, de cette toute-puissance de Dieu qui se réserve son jugement sur chacun de nous. "Dieu te regarde", comme c’était écrit sur le mur d’un réfectoire, je crois à Lérins, Dieu te regarde. Je ne sais pas si c’était pour culpabiliser les moines gourmands, qui au moment d’avaler inopinément le petit gâteau qui était resté dans le frigo, Dieu le punissait comme à l’avance, il mourrait en général étranglé !
Il y a une autre façon de lire cette violence du Royaume, car il y a une violence du Royaume. Elle est liée à l’impatience amoureuse de Dieu. Ce n’est pas qu’Il se réserve de rattraper, de niveler tous ces petits retards et de nous confondre dans nos manières bien à nous d’avoir "aménagé" notre attente, mais c’est qu’Il est impatient de rencontrer l’homme. La première lecture parlait de cette noce, dont l’Église est l’épouse, dont nous sommes nous, l’humanité que Dieu veut amener à l’autel. Le surgissement du Royaume, c’est le moment où effectivement Dieu mettra un terme à ce temps, à cette manière d’être dans le temps et ouvrira plus totalement tout son cœur, tout cet amour, cette miséricorde, et Il l’offrira totalement, sans attente, comme on déclare son amour à quelqu’un. L’alliance du Royaume, c’est plutôt comme les digues d’un amour de quelqu’un qui attend de nous déclarer l’immensité de son message. C’est parce que ce monde ne peut pas contenir la longueur, la hauteur et la profondeur du message. Pour l’instant, Il nous permet de l’approcher à notre manière à nous, en prenant le temps. Mais Dieu n’en est pas moins terriblement immense, attentif, impatient de rencontrer chaque homme, et c’est pourquoi lorsque le temps sera fixé, lorsque l’heure sera venue, à l’heure effectivement où notre cœur sera comme relâché, et cela me fait penser aux apôtres qui s’endorment à Gethsémani, lorsque la torpeur qui est comme une douce mélancolie, ce curieux désespoir de ne plus rencontrer Dieu, au cœur même de ce désespoir, Dieu se fera intensément présent.
C’est ce qu’il nous promet.
AMEN