ÉPOUSER LE RYTHME DE DIEU
He 7, 22+25-28 ; Mt 11, 16-24
(9 août 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
|
L |
es invectives du Christ contre les villes du bord du lac de Galilée ne sont pas quelque chose de lointain, mais elles nous sont adressées personnellement. Les invectives du Christ sont à considérer sur deux plans, d'abord une remise en cause de la manière dont nous, nous avons notre relation au monde et à l'histoire, et d'autre part la manière dont nous avons notre relation à Dieu.
Quand on fait attention à cet évangile, on découvre en définitive que le drame de l'humanité, notre drame à nous, c'est notre difficulté à savoir danser au bon rythme. J'étais il y a quelques jours à une noce et c'était assez amusant de constater la difficulté de s'accorder ensemble pour pouvoir danser sur le même rythme. Je crois que d'une certaine manière, toute cette partie de l'évangile qui concerne la manière dont on ne sait pas danser des chants de joie quand c'est l'heure de la joie, quand on ne sait pas danser sur des chants de tristesse quand c'est la tristesse, je crois que c'est la manière dont notre monde juge le monde. Je ne sais pas si vous avez remarqué, depuis quelques années comme notre société a l'art et la manière de juger l'histoire. Notre société est traversée par un grand défaut, qui est celui de faire de "l'histoire-procès". Faire de l'histoire c'est très bien, mais faire de l'histoire-procès c'est peut-être moins bien. Car en fait, quand on fait de l'histoire-procès, on essaie de découvrir le rythme qui a habité nos ancêtres. Mais à la place de découvrir leur rythme propre, nous y mettons notre rythme à nous, et nous considérons à ce moment-là que nous pouvons les juger en disant: ah ! ils n'ont pas su voir arriver le mal, ils n'ont pas su empêcher la guerre. Donc, nous, nous aurions mieux fait qu'eux ! C'est cela l'histoire-procès, c'est juger le passé à notre propre rythme, et ne pas accepter le fait que les gens à une autre époque avaient un rythme qui était différent du nôtre.
C'est le problème de notre société, vouloir absolument faire tout fonctionner, même le passé, à notre propre rythme, et à notre propre intelligence actuelle. Mais la critique du Christ ne s'arrête pas au rapport de notre société avec l'histoire. La critique du Christ aussi est vis-à-vis de nous et de Dieu. Combien de fois, nous aussi nous essayons de faire marcher Dieu à notre rythme. Quand nous essayons de découvrir Dieu dans notre vie, il nous faut découvrir le rythme de Dieu, et écouter dans sa mélodie, quelques notes qui pourraient de rapprocher de notre rythme à nous. Une fois qu'on a saisi quelques notes, on pense très vite qu'on a découvert Dieu, qu'on sait comment il fonctionne et l'on va essayer de le faire vivre à mon rythme. Et en fait, ce que dit le Christ dans l'évangile est tout à l'inverse. Le Christ nous dit qu'à la place d'essayer de faire vivre Dieu à notre rythme, il vaudrait mieux essayer de vivre à son rythme à Lui.
Frères et sœurs, dans cet évangile, que nous soyons capables d'être à l'écoute du rythme de Dieu, non pas pour nous l'asservir, non pas pour que Dieu se mette à notre rythme humain, d'ailleurs Il l'a fait en épousant notre chair, en se mettant à notre rythme, au rythme de l'humanité, mais essayons plutôt d'avoir cette attitude chrétienne qui consiste à être à l'écoute du rythme de Dieu, du rythme de son Fils, pour que nous puissions nous aussi épouser le rythme de Dieu et danser auprès du Père et du Fils dans le Royaume pour l'éternité.
AMEN