LE GRAIN DE SEL DE DIEU
Si 48, 1-11 ; Mt 5, 13-19
(8 juillet 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'aurais voulu, frères et sœurs, faire un rapprochement entre la première lecture et l'évangile, au sujet de ce personnage qui s'appelle le prophète Élie et le sel. Vous savez tous, c'est un lieu commun de le rappeler, et on le présente aussi souvent de cette manière quand nous faisons un pré-baptême, nous lui faisons goûter du sel au futur baptisé, pour l'accueillir dans la communauté. Le sel qui représente un aliment qui vaut très cher, et que l'on donne à celui qui est accueilli dans la nouvelle communauté. On a coutume de rappeler que le sel bien sûr c'est ce qui donne le goût aux aliments.
Mais j'aurais voulu rappeler deux choses très simples : quand on met trop de sel dans un plat, le goût du plat est gâché, et il n'a plus aucun goût. Trop de sel tue le goût. Mais d'autre part, si l'on ne met pas du tout de sel dans le plat, c'est fade et le plat ne peut pas déployer toute sa saveur et tout le goût qu'il est capable de nous donner. Ainsi, la grande difficulté est de savoir doser et mettre le grain de sel nécessaire pour donner le goût au plat. Je crois que le personnage d'Élie, certainement comme nous, quand nous sommes des chrétiens trop zélés, Élie donc, se retrouve bloqué par le même problème. Élie est trop zélé, c'est celui qui met trop son grain de sel dans le royaume d'Israël, face au roi Achab et à la très méchante reine Jézabel. Mettant trop son grain de sel, on arrive à manier tellement l'épée qu'il en arrive à tuer tous les prophètes de Baal. Trop de zèle aboutit à mettre la zizanie et à ne pas savoir faire passer le message du Dieu d'Israël. Trop zélé, il l'est et nous le sommes et l'on passe très facilement d'une vie trop zélée à un moment où on laisse tout tomber. C'est ce qui se passe pour Élie, il s'enfuit, il a peur d'être tué par Jézabel, se disant : à quoi bon tout cela, puisque je n'aboutis à rien. Il part alors vers le Sud, pour rencontrer le Dieu du Sinaï, en laissant à l'abandon, le royaume d'Israël. Le royaume d'Israël où Dieu était tellement présent par l'épée de son prophète, qu'il en tuait les prophète de Baal, le royaume où le prophète s'en va et le laissant à l'abandon, voué aux ennemis de Dieu.
En troisième partie, trop de sel, pas de sel, Élie trop zélé et pus zélé du tout, on en arrive à ce que Dieu va essayer de faire percevoir à Élie. Dieu, en fait, cela va être ni trop de sel, ni pas du tout de sel, mais cela va être ce petit grain de sel juste ce qu'il faut pour donner du goût au plat. Comment va-t-il se révéler ce Dieu du Sinaï ? Il va se révéler dans ce bruit du silence. C'est extraordinaire, c'est au niveau de l'oreille ou des papilles gustatives, que Dieu se révèle autant par un bruit léger pour notre oreille, que par un seul grain de sel qui peut révéler toute la saveur d'un plat. C'est comme cela que Dieu se révèle à Élie, et c'est comme cela que j'écoutais tout à l'heure dans la lecture du Siracide, la manière dont Dieu fait un reproche à Élie. Je ne sais pas si vous avez entendu ce mot que Dieu utilise pour faire un reproche à Élie ? Que dit-il ? Qu'il a mis trop de sel et ensuite de ne plus vouloir saler le plat ! Dieu utilise à la fois le mode gustatif du petit grain de sel qui peut tout changer, et de ce bruit si silencieux qu'Élie va mettre du temps avant de découvrir que Dieu est présent dans sa vie.
Frères et sœurs, quand Dieu apparaît à Élie, à travers ce murmure et à travers ce tout petit grain de sel, ce que Dieu donne à Élie, c'est la capacité de repartir. C'est cela qui est extraordinaire dans ce texte de I Rois 19, c'est que Dieu renvoie Élie au charbon, mais non plus pour trop saler le plat, trop saler la vie du royaume d'Israël, mais au contraire, de savoir mettre juste le grain nécessaire.
Frères et sœurs, je crois que cet évangile nous rappelle toute la difficulté de notre vie chrétienne, et le zèle qui nous habite : savoir ne pas trop saler le plat, non pas trop saler la vie de ceux qui nous entourent, savoir aussi être présent dans leur vie, juste un peu, juste ce qu'il faut. Qu'à l'exemple de Dieu qui se révèle à Élie sur le mont Sinaï, nous soyons capables de murmurer le mot juste et nécessaire pour aider nos frères et nos sœurs, à repartir sur les voies de Dieu.
AMEN