L'ALLIANCE DONNE UN NOM
Col 1, 21-23 ; Mt 22, 23-33
(2 septembre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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a question que je me suis toujours posée dans cette histoire des sadducéens, c'était quand même de savoir ce que pensait cette pauvre femme de sa situation, on a l'impression qu'elle est ballottée et qu'elle passe de mari en mari, et en fait, nous ne savons rien d'elle. La deuxième question que je me pose souvent en lisant ce texte, c'est simplement le rapport qu'il y a entre cette généalogie sans nom, et puis, la généalogie du Christ avec des noms. Je crois qu'il y a une énorme différence entre la généalogie du Christ que nous avons souvent du mal à écouter parce qu'elle est remplie de noms dont nous ne connaissons pas nécessairement les histoire, mais justement, c'est peut-être là une question centrale, je pense qu'il y a un fossé entre décliner une généalogie avec des noms, même si on ne les connaît pas, et ces sadducéens qui égrènent une sorte de généalogie sans nom, avec des hommes sans nom et une femme sans nom. En effet, je ne vais pas rappeler que les sadducéens sont donc un groupe de juifs qui ne reconnaît pas la résurrection, comme le dit le texte, tout simplement parce qu'il n'y a pas de texte de l'Écriture qui écrit noir sur blanc dans les textes reconnus par ce groupe, qui dit que la résurrection existe. Donc, si ce n'est pas dans les textes, par conséquent, ce n'est pas vrai. On pourrait trouver cette intention plutôt louable, de se dire qu'il vaut mieux se réserver les textes qui nous sont donnés, plutôt que d'aller toujours picorer à droite et à gauche. Ceci dit, je crois que toute la différence entre la réponse de Jésus et la question des sadducéens est liée au fait que Jésus sait donner vie à un texte. Si on écoute bien la réponse de Jésus, il ne va pas chercher dans d'autres textes la réponse à donner aux sadducéens. Il ne dit pas, oh ! oui, la résurrection existe, elle est donnée dans un texte que vous n'acceptez pas dans votre canon. En fait, Jésus parle bien de l'Écriture. Il dit que tout le but est de reprendre l'Écriture et de la lire : "N'avez-vous pas lu l'oracle dans lequel Dieu vous dit : je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ?" Ce qui est intéressant, c'est qu'en fait les sadducéens ont une lecture stérile des textes sacrés. Ils ne sont pas capables de voir dans un texte, que l'on parle de la résurrection. Jésus lui, va leur montrer.
Comment va-t-Il leur montrer ? Uniquement en reprenant cette phrase que je viens de citer : "Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob". En fait, toute l'intelligence du Christ est d'introduire des noms dans la généalogie et dans l'Alliance. Très souvent, on dit que les peuples sans histoires, n'ont pas d'histoire, c'est-à-dire que les peuples qui sont assez tranquilles dans leur coin, souvent, ne sont pas tellement sur l'avant-scène de l'histoire mondiale. En ce qui concerne les sadducéens, c'est le même problème : ils ne savent pas mettre d'histoire, ils ne savent pas mettre la chair nécessaire sur la Parole de Dieu. Par conséquent, cette Parole de Dieu ne devient pour eux qu'une casuistique : s'il y a un cas où il aurait une femme et qu'elle épouse un premier mari et qu'il meurt sans enfant, et qu'elle épouse un deuxième, car l'important, c'est qu'elle engendre, et qu'à la fin tout le monde meurt, e alors, de qui sera-t-elle la femme ? Jésus leur rétorque que cette question-là ne l'intéresse pas. Ce qui l'intéresse, c'est une histoire vraie, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Et quand on nomme ces personnages, cela renvoie à une histoire précise, cela envoie à une population, cela envoie à des visages, à des événements, à des expériences de vie. Quand on dit Abraham, nous avons en tête, un homme qui quitte son pays. Quand nous pensons Moïse, nous voyons un homme qui fait l'expérience de mener un peuple de l'esclavage au salut. Quand on parle de Jacob, on fait référence là aussi l'expérience d'un homme qui s'arrache à sa famille pour ouvrir une aventure qui devient l'aventure de a sa vie.
A ce moment-là, le grand avantage des histoire, parce que je crois que c'est pour cela que fondamentalement la Bible est uniquement une histoire, l'avantage de l'histoire sur la casuistique telle qu'elle est développée par les sadducéens, c'est qu'elle nous donne à apprendre à faire alliance entre des histoires qui ont eu lieu, il y a "x temps" et ma propre histoire. Quand on lit la Bible, nous entrons dans un processus d'Alliance, la même alliance dans laquelle Abraham, Isaac et Jacob sont rentrés, et nous avons nous aussi à faire épouser notre propre histoire avec l'histoire de Dieu avec ces personnages. C'est ainsi que nous découvrirons que notre propre vie est un lieu d'Alliance entre Dieu et moi. A vie ne consiste pas uniquement à engendrer des enfants, quoique ce soit le problème dans notre société actuelle, c'est qu'il n'y a plus engendrement d'enfants, mais que cet engendrement d'enfants ne suffit pas. Les sadducéens n'ont pas compris qu'il ne s'agit pas uniquement de donner une génération physique à cette femme, mais qu'il s'agit de lui donner un nom. Donc, qui dit un nom, dit aussi une alliance.
Frères et sœurs, dans ce texte nous sommes aussi au cœur de l'engendrement de l'Église. Quand nous baptisons un petit enfant, peut-être que c'est encore plus probant pour des adultes, nous avons à apprendre en tant que communauté chrétienne, nous avons à apprendre à les faire rentrer dans cette Alliance. Cette alliance ente Dieu et le catéchumène, n'est-ce pas justement que le catéchumène apprenne au fur et à mesure de sa préparation au baptême, et après quand il devient chrétien, qu'il découvre justement que l'alliance c'est épouser le Christ, c'est être l'épouse du Christ et de recevoir de cette manière, comme toutes ces générations qui nous ont précédés, l'histoire de Dieu, la divinité que Dieu nous donne, non pas dans l'histoire de quelqu'un qui nous est étranger, mais dans notre propre histoire.
Qu'à l'image du Christ, vis-à-vis de ceux qui nous entourent, et plus particulièrement des catéchumènes, nous sachions les porter dans notre prière, et de les aider à découvrir que la Bible est fondamentalement l'histoire de l'Alliance, d'un Dieu vivant, celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et de notre propre nom à tous.
AMEN