N'AYEZ PAS PEUR !

Jg 11, 29-33 ; Mt 14, 22-36

(19 juillet 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

T

oujours impressionné par ce récit très marquant de Jésus qui marche sur les eaux, notre esprit est peut-être rêveur de ce que Jésus fait et de ce que nous pourrions faire avec Lui. Nous aussi quelquefois, nous aimerions bien marcher sur les eaux. Mais il me semble que le maître-mot de ce récit, même si on n'y fait pas toujours attention au premier abord, c'est le mot : peur. Il revient plusieurs fois. En effet, cette barque harcelée par les vents contraires, remplie de disciples se caractérise par le fait qu'elle est dans un élément contraire, dans une opposition, et ceux qui se trouvent la barque, du coup, ressentent la peur. Ils ressentent la peur aux vents contraires mais aussi à la vue de Jésus qui marche sur les eaux. Ils le prennent pour un fantôme. Et l'évangile dit : "leur esprit fut troublé, et pris de peur, ils se mirent à crier".

Peur aussi puisque Jésus lui-même souligne cette peur lorsqu'il dit : "N'ayez pas peur, ne craignez rien". Peur aussi celle de Pierre, puisqu'il demande à marcher sur les eaux, il s'avance et le récit nous dit : "voyant le vent, il prit peur et commença à couler". Que le récit souligne avec autant d'insistance la crainte des disciples, la peur de Pierre, c'est pour l'opposer à une autre phrase de Jésus : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Alors, la foi semble s'opposer à la peur. Effectivement, le sentiment est contraire. Quand on a peur, c'est qu'on n'a plus confiance, c'est que qu'on n'est plus rassuré, on ne sait plus où sont nos bases.

Vivre aujourd'hui dans cette barque qui et l'Église, continuer à être secoué par des vents contraires, certains de nos contemporains prennent peur. Ils ne voient pas Jésus, ou ils le voient de manière trop lointaine, ou fantomatique. Ou encore, ils n'ont foi que dans des principes bien établis, des recettes toutes faites, des enfermements, des catégories, de commandements qui ne sont souvent que le résultat de la peur des hommes, de la peur d'une Bonne Nouvelle en pleine terre, au vent du large. Peur d'un monde contraire à leurs idées, à leurs principes. Or, Jésus nous le dira, si nous agissons comme cela, Il nous traitera comme Pierre, d'hommes de peu de foi. On a dit souvent que le chrétien c'était celui qui n'avait pas peur de se mouiller, nous aimerions bien que cela soit vrai encore aujourd'hui. Si nos réactions ecclésiales, si nos réactions de foi se transforment en dogmatisme, ce n'est pas l'évangile que nous annonçons, c'est notre peur, c'est simplement notre crainte de voir s'écrouler une construction que l'on croit encore belle. Les cathédrales, saint Pierre peuvent s'écrouler, ce n'est pas cela la foi. Le langage des hommes peut changer, peut varier, ce n'est pas la répétition pure et simple du dogme qui fait qu'on a la foi ou qu'on l'annonce. "N'ayez pas peur". Cela, c'est un mot qui sonne à nos oreilles étrangement. N'est-ce pas la première phrase que le pape Jean-Paul II a prononcé aussitôt après son élection ? Il est vrai qu'aujourd'hui, hélas, je trouve que les chrétiens semblent contrarier cette parole. Nous avons peur. Noua avons peur d'un monde qui bouge, nous avons peur d'une humanité bouleversée, voire renversée. Mais nous sommes appelés à lui dire la foi, à lui annoncer la Bonne Nouvelle et à lui proposer le Salut. S'il n'y a plus rien à sauver, la religion chrétienne, la foi en Jésus-Christ est rendue vaine, nulle. Bien sûr, il ne s'agit pas de ne plus avoir peur comme on l'avait à une certaine époque, je pense à ce visage de l'acteur James Dean qui n'a peur de rien, qui roule vite, ce n'est pas la peur adolescente, ce n'est pas la peur dans ces cas-là qui fait fi de tout, celle d'une confiance qui ne raisonne pas, qui ne sait pas.

Non, le chrétien, bien sûr, peut avoir peur, mais il sait en qui il a mis sa foi. C'est pour cela que les disciples constatent : "Tu es vraiment le Fils de Dieu ". Ils peuvent dire en qui ils ont mis leur foi. Nous n'avons pas mis notre foi en des principes. Nous avons mis notre foi en une personne que nous confessons Fils de Dieu.

 

 

AMEN