LA PARABOLE DÉVOILEMENT PUDIQUE ET PROGRESSIF

Jg 9, 30-41 ; Mt 13, 31-35

(12 juillet 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

es choses cachées depuis la fondation du monde ne peuvent pas être dévoilées "comme ça", tout de suite, tout savoir d'un coup. C'est l'illusion humaine qui consisterait à penser que enfin, on va savoir.

La manière dont Jésus approche le mystère des choses cachées depuis le début de la fondation du monde, en l'occurrence, des choses de l'homme et de Dieu, c'est comme un drap, il faut le plisser davantage pour obtenir une forme supplémentaire de corps de celui ou de celle sur lequel on l'a mis. Progressivement, le corps va faire apparaître les véritables lignes. Pas seulement les lignes extérieures, la façon dont le mouvement du corps, la vie qui l'anime va apparaître à travers ce drapé. Ce n'est pas en tirant tout le drap, en dévoilant la personne, qu'on va tout savoir de la personne, de sa vie. Il y a une autre façon d'aborder ces choses cachées depuis la fondation du monde qui demande un dévoilement pudique et progressif.

La parabole est un dévoilement pudique et progressif des choses cachées. C'est une façon de mieux les cacher, pour en faire entendre l'énigme, pour donner le goût. Le grain de sénevé que nous avons entendu mille fois, ou le levain caché dans la pâte, sont des images à la fois puissantes et lointaines. Elle joue sur cette idée que les choses nous pouvons les aborder, encore faut-il comme Moïse, déchausser une partie de nous-même, peut-être notre esprit d'ailleurs, pour qu'une certaine simplicité, une certaine humilité permette non pas de l'aborder comme une connaissance que nous pourrions conquérir, mai comme une chose qu'il nous faut accueillir. Les pieds nus de Moïse devant le buisson ardent sont à l'image de ces hommes et ces femmes à qui l'on ouvre les oreilles, on éduque les oreilles, on apprivoise les oreilles à la manière dont Dieu dévoile ce qu'Il est, parabolique.

Il nous faudrait nous dessaisir de notre envie de connaître pour être séduits pas de goût de Dieu, pour accepter d'être cheminés pas Lui jusqu'au cœur de son mystère, de parabole en parabole. Et les paraboles sont des images qui se superposent, qui jouent, les oiseaux, les arbres, le grain, la hauteur, une espèce de rassemblement d'expériences très simples qui, lues sous un certain angle provoquent l'étonnement. Et l'étonnement est la porte d'entrée de la compréhension de Dieu et du Royaume. Non pas la compréhension, mais un certain étonnement : une chose que je pressentais m'apparaît maintenant comme vivant en moi-même.

Je pense que cela peut nous expliquer la manière dont les choses qui étaient dites en paraboles, ces paroles dites en paraboles, elles ne sont pas dessinées d'ailleurs, elles ont été dites en paraboles, frappaient les foules, Et comme on l'entend souvent dans l'évangile de saint Matthieu ou saint Marc : les foules étaient frappées d'admiration. Ce n'est pas tant le mot de puissance qui nous vient immédiatement à la bouche, nous pensons qu'il y avait une parole de puissance une autorité comme dit l'évangile. L'autorité était la pertinence de la manière dont Dieu articulait ses mots pour dévoiler progressivement cette vérité qui était la sienne, et donc celle des hommes qui l'écoutaient.

Que cette pertinence résonne encore à nos oreilles aujourd'hui, et laissons-nous éveiller à ce mystère de Dieu sans vouloir nous l'approprier non pas pour mieux le faire mourir en nous, ce qui nous éviterait le grand labeur du travail de grandir pour devenir fils de Dieu, ce que Dieu veut pour nous, inlassablement.

 

 

AMEN