COMMUNION

Jg 6, 23-52 ; Mt 10, 34-42

(26 juin 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

C

her Père, frères et sœurs, nous sommes à la conclusion du discours apostolique dans saint Matthieu, les consignes de départ, les consi­gnes pour l'Église d'aujourd'hui. C'est sûr, le Seigneur invite à une extrême générosité : "qui perd sa vie la sauvera, quiconque ne part pas sans haïr son père, sa mère …" Des consignes extrêmes, "une seule tunique est-il dit précédemment, n'ayez pas de bourses ni de bâton ". On sent une extrême urgence et quelque chose qui est placé d'emblée du côté d'une très grande générosité qui soulève un appel, qui soulève l'homme, qui l'entraîne, qui le pousse en avant, générosité qui est de toutes les facettes de toute l'existence humaine. Générosité très grande de ces soldats qui partent à l'assaut, et je lisais le récit d'un médecin qui avait été frappé par l'expérience de Nagasaki, et qui donnait complètement sa vie pour tous les malades et qui cou­rait partout pour aller sauver les malades, même si lui-même était atteint par les radiations. Générosité très grande de tous ces jeunes qui partent parfois à l'autre bout du monde pour aller servir les plus pauvres, "point-cœur", ou d'autres œuvres. Générosité très grande dans l'éducation aussi, pour transmettre du mieux que l'on peut, tout ce que l'on sait, pour que cette personne puisse se l'approprier. Mais est-ce que l'évangile, est-ce que ce discours apostolique est seu­lement du côté de la générosité ?

C'est très frappant, cette conclusion parce qu'elle nous place dans quelque chose d'un peu diffé­rent. Elle nous place, vous l'avez remarqué, du côté de l'accueil, et du don, don d'un verre d'eau fraîche : "qui vous accueille m'accueille, qui m'accueille accueille celui qui m'a envoyé". Je suis très frappé par ce fait qu'il y a aussi comme point d'orgue dans ce discours apostolique, la communion. La communion qui n'est pas comme une sorte de préalable, une sorte de loin­taine pré-évangélisation mais la communion qui est vraiment au cœur de l'acte apostolique de l'Église, de cette communauté. La communion qui est, je crois, de se laisser toucher par l'autre. C'est exactement cela le sens de l'accueil. Si l'on accueille quelqu'un c'est que vraiment on lui a fait une place dans son cœur, et qu'avant d'aller traduire cette générosité apostolique, il faut d'abord avoir fait cette place, s'être laissé tou­cher par l'autre dans ce qu'il est, dans sa vie, dans ce qu'il est réellement.

Comme préalable ou comme exigence que nous place l'évangile aujourd'hui dans ce texte de Matthieu, il a la communion. Je repensais à cela à cause d'un petit débat par Internet, avec tous les jeu­nes actifs un peu dispersés, c'est à propos d'un tee-shirt. Ils voulaient avoir un tee-shirt qui mette : jeune actif sur le devant. On débattait comme cela par Inter­net pour savoir ce qu'il fallait mettre sur ce tee-shirt, ils voulaient mettre le vitrail du chœur dans le dos et "jeune actif" devant, et un slogan, une phrase : "Lau­date Dominum", ou "la gloire de Dieu c'est l'homme vivant", ou quelque chose comme cela. Je suis inter­venu dans ce débat pour dire : qu'est-ce qui touche le cœur, est-ce ce que ce sont les personnes que nous allons croiser avec ce tee-shirt, d'ailleurs, je ne suis pas sûr que si jamais il y a une phrase trop explicite, vous le mettrez pour aller à la plage ? Est-ce que sim­plement un vitrail, ou simplement peut-être jeune actif, et laisser les gens associer librement ce qu'ils veulent derrière ce vitrail qui évoque une église, d'ailleurs, ou ces mots de jeune actif ? Est-ce que ce n'est pas plutôt cela ? Ou bien encore le sourire, la charité, le côté agréable de la personne qui porte le tee-shirt, qui en fait, touche les gens ? Ce n'est pas parce qu'on aura un slogan inscrit sur le devant d'un vêtement, qu'on touchera davantage les gens que si on a un visage fermé, ou une façon de la porter qui pour­rait être blessante pour tel ou tel.

On s'achemine petit à petit avec ce tee-shirt, avec ce vitrail, avec le jeune-actif, et puis surtout avec la grâce qui nous demande à tous d'avoir un vrai sourire, une charité, pour toucher éventuellement les cœurs, parce que le préalable ce n'est pas la générosité, une belle phrase, un beau programme, mais c'est d'abord la communion, la communion dont nous-mêmes nous approchons avec ceux qui nous entourent.

 

 

AMEN