TOUT PEUT ARRIVER !
Ap 22, 1-7 ; Mt 24, 37-44
(27 novembre 2002)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, la Parole que nous venons d'entendre est prise dans le cadre général des avertissements de Jésus concernant le mystère de sa venue, de son avènement. On peut dire que tous ces textes ont un seul leitmotiv qui revient sans arrêt, c'est le fait d'inviter à la vigilance.
Je voudrais simplement ce midi vous inviter à une petite réflexion générale sur le problème de la vigilance, parce que je crois qu'il y a un certain nombre d'ambiguïtés sur cette question. Aujourd'hui, quand nous pensons vigilance, nous pensons essentiellement "être sur ses gardes". Le grand problème de la vigilance aujourd'hui, c'est de faire face au risque. C'est pour les organismes publics, de tirer le parapluie dès que le moindre danger se profile à l'horizon, c'est de prendre toutes les dispositions pour se prémunir contre tous les imprévus. Du coup, on peut parle d'une vigilance sécuritaire qui consiste simplement à se mettre à l'abri de tout ce qui peut arriver. C'est une tentative de maîtrise absolue sur le futur. On sait qu'il peut arriver des choses dangereuses, redoutables, mortelles, et donc, on se prémunit. C'est le sécuritaire à tout prix.
Le résultat, on le voit, c'est que cela encourage beaucoup le manque d'initiative, cela bride toutes les tentatives pour essayer de changer les choses, parce que dès qu'on veut inventer ou mettre en place quelque chose, est-ce qu'on a pensé à tous les risques ? Si c'était vraiment cela le sens de la vigilance chrétienne, ce serait à l'inverse même, parce que ce serait se mettre à l'abri du risque parmi tous les risques, c'est-à-dire la venue de Dieu. En fait, autour du mot vigilance, il y a une ambiguïté. La vigilance chrétienne n'est pas de se mettre à l'abri de tout, y compris par des comportements parfaitement calculés, parfaitement maîtrisés, une espèce d'atmosphère feutrée, avec tous les préceptes et les recommandations qu'on peut suivre de l'évangile à la lettre. En fait, cela coupe tout, cela tue tout, cela tue les choses qui existent avant même qu'elles soient mises en danger. Précisément, c'est l'inverse.
Le Christ dit : il faut veiller, car vous ne savez pas ce qui va vous arriver. La vigilance n'est pas le repli sur soi pour être étanche à tous les imprévus, mais c'est au contraire l'ouverture de notre cœur, de notre esprit, de notre être même à tous les imprévus possible. Au fond, le Royaume de Dieu, c'est l'imprévisible des imprévus. C'est ce qu'il y a de plus imprévisible au monde : comment Dieu viendra-t-il ? Je crois que ce sera essentiellement cela au moment de notre mort. Au moment de notre mort, nous serons tous extrêmement surpris. Le Dieu des chrétiens, c'est un Dieu qui n'a jamais cessé de nous surprendre dans l'histoire du salut. Cela a toujours été des surprises et des imprévus, des revirements de situations au moment où on s'y attendait le moins. Je crois qu'il faut admettre que notre propre fin, comme la fin des temps, c'est aussi la grande surprise.
Ce qui fait la qualité même de la vigilance, c'est de nous attendre à tout. C'est d'ailleurs très intéressant, quand on dit : "je m'attends à tout !" cela veut dire, je m'attends au pire. Mais ce n'est pas vrai, nous nous attendons à tout mais ce n'est pas le pire. Nous nous attendons à tout, c'est-à-dire au meilleur.
Je crois qu'il est très important de cultiver une vraie attitude de vigilance, mais encore faut-il savoir ce qu'on veut. Si la vigilance c'est la préservation de soi, on ne prend pas de risque, et aucun risque vis-à-vis de Dieu et l'on peut même intégrer Dieu dans notre système de vigilance. On peut faire de Dieu le Samu, le plan Orsec et les sapeurs pompiers tous ensemble ! Il y a beaucoup de gens qui pensent que la religion c'est le système sécuritaire absolu. De ce point de vue-là, c'est tout faux. Le système de vigilance, c'est au contraire le fait de savoir que de toute façon, quoiqu'il arrive, on sera toujours surpris parce que c'est le "tout" qui viendra.
AMEN