REGARDER VERS LE CIEL
Ap 21, 1-7 ; Mt 24, 29-36
(26 novembre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ue faisons-nous à passer notre temps à regarder vers le ciel ? Il est vrai que depuis quelques jours il ne fait pas très beau, et que certains pour savoir le temps qu'il va faire vont regarder dehors, tandis que d'autres préfèreront téléphoner à météo-France pour savoir s'ils doivent sortir le parapluie ou non.
Comment se fait-il que pendant toute notre vie nous passions notre temps à regarder le ciel ? Il y a tellement de manières à regarder le ciel, on peut le regarder pour la météo, mais on peut aussi le regarder pour essayer de savoir quel est notre destin ? Je crois que nos radios et nos magazines sont largement inondés de ce ciel astrologique dans lequel nous pensons que, enfin, nous allons savoir qui nous sommes, qui nous allons rencontrer, et avec qui nous allons nous disputer !
Ainsi donc, depuis que l'homme est homme, nous avons tendance à penser que tout est écrit dans le ciel. C'est notre destin que tout soit fixé dans le ciel, parce que depuis que l'humanité existe et que ce monde est monde, les étoiles sont à leur place et elles bougent selon un ballet bien ordonné. Il n'y a aucune raison et rien qui soit inscrit dans l'ordre du monde pour que cela change. Ainsi, l'homme passe son temps avec un fil ou un boulet à la patte, s'imaginant qu'en regardant le ciel, il va y découvrir le signe de son destin, et pouvant ainsi maîtriser ce destin, accéder à ce qui lui fait le plus envie, sa propre liberté. Comme si nous pensions pouvoir doubler ce destin en la maîtrisant.
Dans l'évangile, rien ne fonctionne comme il faut, le monde est bouleversé, et bien sûr l'homme regarde dans le ciel et que voit-il au milieu des nuées ? Il voit le signe nouveau du Fils de l'Homme. Peut-être que l'homme dans son réflexe humain a été chercher une trace de son destin, de quelque chose qui est immuable et fixé, car le Fils de l'Homme est par essence, le vainqueur. Comme nous le savons tous, un vainqueur ne meurt pas, il reste en vie. Il est vrai que dans notre manière de voir les choses, nous n'imaginons pas le vainqueur d'une guerre ou d'un combat, mourir à ce combat. Le vainqueur est celui qui est capable de rester en vie. C'est le Fils de l'Homme, celui qui est immuable dans le ciel, celui qui est le Seigneur des armées. Et voilà que ce signe du Fils de l'Homme se transforme en un autre signe qui est exactement à l'opposé, le Fils de l'Homme devient fils d'homme. Et à la place de rester fixé dans le destin que l'homme assigne à Dieu, c'est-à-dire celui qui ne meurt pas, celui qui fixe la destinée du monde et qui fixe la destinée des hommes, celui qui est dans l'ordre de la paix, de la sérénité, à mille lieues des guerres et de la souffrance, dans cette Jérusalem céleste absolument parfaite, ce Dieu accepte d'être fixé par les hommes sur une croix. Mais l'homme se fait avoir, puisqu'à partir de là, tout est transformé. Ce destin de Dieu, d'un Dieu immuable, omnipotent, Dieu va le récuser. Il va accepter de devenir fils d'homme, il va prendre chair, il va vivre, et mourir. Il va accepter de vivre cette violence totale que l'homme met sur ses épaules au moment de sa Passion. Et le Fils de l'Homme devient fils d'homme, tout simplement, loin de ce ciel, loin de cette astrologie, loin de cette manière dont l'homme a tendance à vouloir fixer les dieux, les divinités et l'univers.
Dans cette description du fils d'homme, il est dit justement que les hommes se mettront à pleurer et à se lamenter. Cela renvoie à cette image où l'humanité contemple celui qui est transpercé, et cela renvoie aussi à un autre signe, le signe de Jonas. Je crois que dans ce texte, on y voit à la fois le signe du Fils de l'Homme et le signe de Jonas. Dans Jonas, c'est l'homme sauvé, ressuscité qui est présent. Dans le signe du Fils de l'Homme, c'est Dieu qui accepte de mourir et de subir la violence de l'homme.
Frères et sœurs, en tout temps, que ce soit quand le ciel est beau et clair, ou que ce soit quand le ciel est nuageux, et que nous pouvons penser que notre vie va à sa perte, quand nous levons nos yeux vers le ciel, nous n'avons pas à y rechercher un destin déjà écrit qui nous abîme et nous alourdit, mais au contraire, nous sommes appelés et aspirés par ce signe du Fils de l'Homme qui a vécu sa vie humaine dans la liberté la plus totale d'enfant de Dieu, Lui qui nous aspire justement à découvrir que dans la mort et dans les ténèbres, Il est toujours présent, Il est là et Il nous attend pour que nous soyons nous aussi Fils de l'Homme.
AMEN