REFUSER LES MASQUES POUR RESPIRER
Rm 12, 1-3 ; Mt 23, 13-22
(10 septembre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
|
R |
ien de ce qui est humain n'est étranger à Dieu et au Royaume des cieux. La plus grande erreur des pharisiens et des scribes, notre plus grande erreur, est de refuser justement cette communication entre l'intérieur et l'extérieur. "Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites qui fermez aux hommes et au Royaume des cieux, vous n'entrez pas vous-mêmes et vous le laissez même pas rentrer ceux qui le voudraient". Là est oublié l'essentiel même de la religion qui est de laisser l'espace de respiration entre l'intérieur et l'extérieur.
En refusant d'entrer dans ce Royaume, dans cet intérieur, on se laisse enfermer par l'extérieur, et l'on reste tenu, enfermé, aliéné par la surface des choses. Ce qui est paradoxal c'est que les scribes et les pharisiens qui sont ces gens qui savent lire justement contrairement au peuple qui ne sait pas lire les mots, ce qui est paradoxal, c'est que ces gens ne savent pas lire. C'est-à-dire qu'en restant à la surface des choses, une certaine manière de fermer la communication entre extérieur et intérieur, ils ne savent pas lire ce qu'ils lisent, ou du moins ils en restent à l'écume des vagues, et ils n'y découvrent pas la profondeur, ils n'y découvrent pas le sens des événements. En fait, ils ont comme un masque sur la peau, et c'est cela qui empêche la circulation entre l'intérieur et l'extérieur, et ainsi, empêchant les événements extérieurs de venir nourrir l'intérieur, et inversement, ne pas permettre à ce qui est vécu à l'intérieur de ressortit et de rejaillir au-dehors. On arrive ainsi à une situation de carapace. Il y a l'extérieur qui est rigide, dur, clair, affirmatif, quant à l'annonce de la Loi, et pour nous à l'annonce de l'évangile, mais à l'intérieur, il n'y a rien, parce que ce qui est vécu dehors ne pouvant pas pénétrer à l'intérieur, cet intérieur reste mort, ce n'est pas vivifié par ce que nous vivons. Or, nous sommes appelés à nous constituer comme un squelette, dans lequel ce qui nous construit n'est pas de l'extérieur, comme une carapace, mais bien à l'intérieur de nous-mêmes, et ce par les événements qui sont vécus au-dehors.
Alors, on peut mieux comprendre que rien n'est étranger à Dieu, et tout ce qui nous est donné de vivre que ce soit dans le domaine de la joie comme dans celui de la souffrance, si nous acceptons cette respiration et cette communication intérieur-extérieur, toux ces événements, même ceux qui nous paraissent loin de Dieu, de l'évangile, vont véritablement prendre un sens et être intégrés au Royaume. Nous n'aurons pas honte de rentrer dans ce Royaume avec ce que nous sommes, ce que nous vivons, et même nos péchés.
Passer de la carapace à la constitution d'un squelette, c'est bien là une vie de chrétien, accepter cette respiration et ce mouvement entre l'intérieur et l'extérieur, entre ce qui nous semble le plus éloigné de Dieu et ce qui est véritablement Dieu. C'est aussi alors que nous arriverons à nous débarrasser petit à petit de cette couche de masque que nous portons sur la peau, des images que nous nous formons de nous-mêmes, de ce que nous pensons devoir être vis-à-vis des autres et de Dieu, de la loi ou de ce que nous pensons devoir être pour vivre notre vie de chrétien.
Frères et sœurs, demandons à Dieu de dégager la surface des choses pour découvrir en vérité ce qu'il y a au fond de nous, et que nous puissions découvrir aussi ce qui donne sens à certains événements qui nous abîment ou dans lesquels nous n'arrivons pas à discerner la présence de Dieu. Mais cet exercice ne se fait pas tout seul. On pourrait peut-être penser que nous sommes très éloignés des pharisiens, et que le problème actuel n'est pas tellement que nous nous appliquions à suivre la Loi, mais que nous en soyons libérés et que nous sommes bien plus malins que les pharisiens, ou les juifs ! Le problème ne fait que se déplacer, et le risque est de penser que nous sommes bien capables de donner sens à ce que nous vivons. Mais, ce n'est pas possible, nous uniquement face à Dieu. C'est là que la communauté chrétienne joue un rôle très important. C'est là que le prêtre ou d'autres personnes pouvant nous éclairer jouent un rôle très important, sinon, nous risquons bien de retomber dans le même problème et le même péché des pharisiens et des scribes.
Frères et sœurs, cherchons sens à tous les événements qui nous constituent et cherchons à les éclairer avec l'aide de tous ceux qui nous entourent.
AMEN