LA FRATERNITÉ RETROUVÉE

Rm 10, 13-21 ; Mt 19, 16-30

(4 septembre 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, j'aurais envie de renommer l'épisode du jeune homme riche en l'appelant "le temps du retard". Le temps du retard parce que nous avons à faire à un jeune homme, qui est poursuivi par un désir, qui a une question en particu­lier, et qui attend une réponse rapide, claire, nette, précise, pour pouvoir mettre en pratique tout de suite ce que Jésus va lui dire. Une sorte de mode d'emploi du prêt à tout faire. Jésus ne tombe pas dans le pan­neau. Il va retarder de plusieurs manières la réponse à la question fondamentale du jeune homme.

D'abord, première chose importante, il va le renvoyer à quelqu'un d'autre : "Qui est bon ?" A côté du dialogue entre ce jeune homme et Jésus, Jésus va percer ce dialogue pour faire entrer quelqu'un qui jusque-là semble être absent dans la pensée du jeune homme, c'est un tiers, c'est Dieu. C'est Dieu qui vient entre le Christ et le jeune homme. Comprendre toute relation ou tout dialogue ne se fonde pas sur moi et l'autre, au début, moi et la Loi, c'est un peu ce qui est sous-jacent dans la pensée du jeune homme, et com­prendre que notre vie ne doit pas être tournée uni­quement en monologue pas plus qu'un simple dialo­gue entre la Loi et moi, entre moi et ma femme, mon mari et moi, moi et mon milieu professionnel, moi et mon frère, mais qu'il y a quelqu'un d'autre qui vient s'immiscer exactement dans ce lieu afin de l'assainir, et afin de nous faire grandir, moi et l'autre.

Je voudrais livrer à votre réflexion ce qui m'est venu à l'esprit sur ce sujet qui est le sujet de la fraternité. Si Jésus met le jeune homme riche au pied du mur en lui disant : il y a quelqu'un d'autre, je suis le Fils de Dieu (il ne le dit pas), et tu es appelé aussi à être son fils, c'est qu'il y a quelqu'un d'autre qui est notre Père. Cette question de la fraternité est très im­portante de nos jours. Quand on regarde l'actualité, qu'on écoute les informations, quand on voit ce qui s'est passé en Afrique du Sud, avec le "sommet de la terre", avec tout l'idéal des sociétés actuelles, des na­tions des états qui disent que nous avons à chercher à vivre comme frères et sœurs dans ce monde, on a envie de rétorquer : d'accord, nous sommes frères, mais pour être frères, il faut que nous soyons issus d'un même père. Se pose alors la question de l'origine de l'homme.

Quelle est véritablement notre origine ? Vers quoi sommes-nous appelés ? Je crois que c'est cette question que Jésus essaie de faire comprendre à ce jeune homme riche, de comprendre que tant qu'on s'arrête à des solutions pratiques et immédiates, on n'ira toujours très loin et certainement pas au cœur de la question. Il faut prendre le temps, parfois même un certain retard, accepter de mettre notre frénésie dans une petite boîte, pour reprendre à nouveaux frais, cette question à partir de laquelle toutes les autres questions sont liées, même la question de l'écologie, de la terre et de l'économie, et de savoir si nous som­mes comme on le dit si souvent, frères, égaux, libres, car si nous sommes frères, c'est que nous avons un Père commun. Quel est-il ? Que faisons-nous de ce Père ? L'avons-nous expulsé pour n'en garder qu'une sorte de vide, dans lequel on se dit qu'il faut encore être frères parce que c'est le seul moyen pour notre société de fonctionner ? Ou découvrons-nous vérita­blement qu'être frères, signifie ce que dit le Christ par la suite : "Va, vends tes biens et suis-moi !" C'est-à-dire une vie fondée non plus sur des idéaux, ou des recettes de cuisine pour que nos sociétés aillent mieux, mais apprennent, tout simplement, à vivre en­semble.

Frères et sœurs, que cet évangile nous fasse redécouvrir la joie de vivre simplement ensemble cette vie quotidienne qui est la nôtre.

 

 

AMEN