SE VOIR OU FAIRE VOIR ?
Mi 5, 1-5 b ; Mt 5, 13-19
(6 juillet 2002)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
S |
el de la terre est lumière du monde? On ne prête peut-être pas assez attention au fait que Jésus a intentionnellement choisi ces deux images en prenant des références de l'expérience courante, le sel, la lumière qui éclaire la maison, en prenant référence de deux images de la maison où ni le sel ne se mange tout seul, ni la lumière du lampadaire ne se regarde pour elle-même. Le talent de l'éclairagiste c'est de faire que les lampes et les luminaires passent inaperçus et ne soient qu'au service de ce qu'ils éclairent, et le talent de la cuisinière, ce n'est pas de servir du sel sur une assiette, mais de doser exactement le sel pour que ce que l'on mange ait la saveur requise.
Jésus dit à ses disciples que leur existence, leur raison d'être dans le monde est relative à ce monde. Cela peut paraître bizarre, parce que cela va à l'encontre de nos façons spontanées de penser. Nous avons plutôt l'habitude d'imaginer qu'il faut reconstruire ou reconstituer l'Eglise comme un bunker ou une forteresse qui tient contre vents et marées, comme une sorte de place forte assiégée face au monde qui l'entoure et qui est comme une menace, et quand Jésus commence sa prédication, Il dit exactement l'inverse. Le sel, il faut qu'il ait de la saveur, mais il n'a pas l'air de s'affoler du fait que le sel ensuite, disparaîtra dans les aliments auquel il donne sa saveur. Il n'a pas l'air non plus étonné que le fait de mettre la lumière soit, en gros, pour éclairer ce qui est autour et qui n'est pas le lampadaire. Un lampadaire qui s'auto-éclaire, cela fait peut-être rêver certains design, mais cela n'a aucun intérêt.
C'est un peu la conversion permanente que le Christ nous demande encore aujourd'hui de faire. Combien de fois, nous utilisons notre foi ou nos comportements religieux à des fins identitaires, de distinction contre, alors que le but de la foi, ce n'est pas de nous constituer en plat de sel, ou en projecteur qui éblouit tout le monde, mais c'est être là comme le sel qui donne la saveur et la lumière qui fait voir.
Sommes-nous des chrétiens des chrétiens qui avons soucis de nous voir, ou de faire voir ?
AMEN