LA PLACE MANQUANTE !
Mi 4, 6-10 ; Mt 5, 1-12
(5 juillet 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e point commun de tous les heureux, tant dans les béatitudes de Matthieu que dans les autres textes évangéliques parallèles, c'est qu'il leur manque quelque chose. Il leur manque la consolation, il leur manque la satiété. Le pauvre, c'est celui à qui justement, il manque ce qui pourrait le combler. Les miséricordieux sont ceux qui sont en dette d'un pardon, qui acceptent qu'en eux, se fasse l'attente du pardon. Les affligés sont en manque de consolation comme je disais, les doux sont ceux qui renoncent à la violence, les cœurs purs, ce sont ceux qui se gardent à l'abri de ce qui pourrait abîmer leur cœur. Et si on le mettait en parallèle avec les malédictions, on entendrait que ceux qui sont maudits, ce sont ceux qui sont rassasiés, qui ont trouvé leur bien sur cette terre. Donc, nous avons une façon de lire, une clé de lecture de ces béatitudes qui est du côté d'une place manquante qui est une place qu'on réserve à Dieu et qu'on doit en quelque sorte, entretenir contre ce qui voudrait combler cette place. Non pas que ce qui voudrait combler cette place soit mauvais en soi, mais c'est parce que nous lui accordons la place qui est réservée à Dieu. Le chrétien est celui qui maintient en lui contre vents et marées, la place qui doit être à Dieu.
Souvent, dans nos malheurs, dans ce qui nous rend pauvres, justement, nous avons la tentation de remplacer cette place manquante par une compensation, par une explication qui prive Dieu de donner sa vraie réponse. Mais il y a des moments dans la vie où Dieu ne donne pas de réponse, ou du moins, pas tout de suite, ou peut-être jamais sur cette terre. Cela ne veut pas dire pour autant que nous devons renoncer à attendre cette réponse, mais nous ne devons l'attendre que de Dieu. Job est celui qui en tête de ce cortège, exige de Dieu une réponse, et met dans la balance : "Si tu es Dieu, tu te dois de répondre !"
La foi est de ce côté-là, du côté de celui qui dit : "Dieu est Dieu, et j'attends de Dieu ce qu'il devrait faire comme Dieu, même s'il ne le fait pas encore et si tout concourt à penser qu'il ne le fera pas, je maintiens ma demande, et je la maintiens en "tenant ma chair entre mes dents", comme le dit Job. C'est un mélange entre l'héroïsme, l'entêtement, qui est simplement en fait, la fidélité de la foi.
Maintenir en soi ce qui appartient à Dieu, et ne pas accepter que quelqu'un en prenne la place, quelque chose de ce monde, qu'il y ait en moi une vraie pauvreté, pauvre de Dieu, c'est ma façon à moi de l'aimer. Je pense qu'il y a un saint qui a épousé d'une manière magistrale cette pauvreté, et c'est saint François d'Assise, et l'on peut dire de lui et à sa suite, qu'il était vraiment pauvre, et pauvre de Dieu, au sens où il savait que Dieu lui manquait, et qu'il n'aurait voulu pour rien au monde que rien ne remplace ce qui est réservé à Dieu.
AMEN