LE SCANDALE
1 Th 3, 7-14 ; Mt 18, 1-10
(14 août 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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eux thèmes s'entrecroisent dans ce bref passage d'évangile, d'une part le thème des petits enfants et de leur rapport avec Dieu, et d'autre part le thème du scandale.
Quant-aux petits enfants, Jésus en a parlé à plusieurs reprises dans l'évangile. Il nous affirme d'abord que ces enfants sont très proches du cœur de Dieu, alors que dans l'antiquité, l'enfant était considéré comme une quantité négligeable parce qu'il n'était pas encore capable d'autonomie, mais pour Jésus, l'affirmation est claire, les enfants ont pleine valeur aux yeux de Dieu, ils sont aussi importants que n'importe quel autre être humain adulte. Jésus va souligner cela en affirmant que les anges de ces enfants (à partir de cette parole de Jésus se développera le thème de l'ange gardien, de l'ange qui est préposé plus particulièrement à la garde de chacun d'ente nous), les anges de ces enfants donc, sont constamment devant la face du Père qui est dans les cieux. C'est dire que ces enfants ont entière valeur et qu'ils sont sans cesse rappelés à la mémoire de Dieu, à la bénédiction de Dieu. Ailleurs dans l'évangile Jésus bénit les enfants, les embrasse, leur impose les mains, Il les traite donc comme des êtres humains à part entière, qui ont droit à la même bénédiction que les autres. Mais Jésus va plus loin encore, Il nous dit que si nous ne devenons pas semblables à des enfants, c'est-à-dire si nous ne retrouvons pas cette spontanéité, cette ouverture du cœur, cette simplicité qui est celle des enfants, si nous ne brisons pas avec toute la complication que l'âge adulte introduit dans notre cœur, nous ne pourrons pas entrer dans le Royaume des cieux. Il faut donc se refaire une âme d'enfant, c'est-à-dire être capable de cet émerveillement, de cette ouverture spontanée du cœur devant la beauté et la splendeur de Dieu pour pouvoir entrer dans le Royaume des cieux.
Sur ce thème des enfants se greffe dans le passage que nous venons d'entendre, celui du scandale. Littéralement, le scandale, c'est un obstacle que l'on met devant la marche d'autrui. Un obstacle, comme par exemple une pierre qui va faire trébucher celui qui marche, un obstacle qui va faire tomber l'aveugle qui ne voit pas, l'obstacle c'est donc quelque chose qui dépend de nous et qui va produire chez l'autre une occasion de péché, de doute, une occasion de chanceler. Cet obstacle, Jésus nous dit que nous ne devons pas le mettre devant les enfants, mais aussitôt Il va passer par analogie, à ces petits que nous devons être en ressemblant aux enfants. Et Il pense à tous ces petits, c'est-à-dire, les humbles, nos frères qui sont plus simples que nous, et qui peuvent être victimes des complications tortueuses de notre esprit et de notre agir qui vont les scandaliser, c'est-à-dire les faire trébucher. Et un plus loin, Jésus dit : "Si ta main ou ton pied sont pour toi un obstacle ..." Nous pouvons devenir un obstacle pour nous-même, car cette complication de notre cœur, ce caractère tortueux et qui manque de droiture, que prennent parfois notre agir et notre pensée, peuvent être une occasion de trébucher non seulement pour les autres, mais pour nous-même. Et Jésus accorde une telle importance à ces obstacles, ces scandales que nous pouvons créer non seulement sur le chemin de nos frères mais sur notre propre chemin, qu'Il va employer des termes volontairement exagérés disant : "Si ta main est pour toi un sujet de scandale, un obstacle, une occasion de pécher, de trébucher, il vaut mieux couper ta main, et si c'est ton oeil, il vaut mieux arracher ton oeil". Bien sûr Jésus ne nous demande pas de nous mutiler, mais Il veut par l'excès même de son propos nous manifester la gravité de ce scandale : être occasion de péché pour les enfants, pour les petits, pour les autres, pour nous-même, voilà quelque chose d'infiniment grave. Que nous succombions à une tentation, que nous soyons détournés par un désir mauvais, c'est une chose, mais que nous devenions nous-même, et plus encore si c'est intentionnellement, occasion de péché, que ce soit pour nous-même ou pour les autres, là est véritablement le mal le plus profond. Il faut que nous soyons pleinement conscients que nos actes, nos pensées ne sont pas innocents, ne sont pas gratuits, et que ce que nous faisons ce que nous pensons, peut devenir cause de mal, cause de péché, d'erreur pour les autres comme pour nous, et que prendre cette responsabilité c'est véritablement s'enfoncer dans une sorte de double mal, parce que ce mal est à la fois celui que nous commettons, et aussi celui que nous induisons dans l'autre ou en nous, pour en quelque sorte redoubler cette faute, redoubler ce péché, devenant ainsi l'obstacle sur la route qui devrait nous conduire ou conduire nos frères au Royaume de Dieu.
Frères et sœurs, prenons conscience de cette responsabilité qui est la nôtre. C'est l'envers de la communion des saints, de même que tout acte d'amour que nous posons vaut non seulement pour notre propre salut, mais pour le salut du monde entier et de tous nos frères, même ceux que nous ne connaissons pas, de même le mal que nous faisons n'est pas simplement cause de punition en ce qui nous concerne, mais il est occasion de faire baisser le niveau d'amour de l'humanité tout entière.
Que Dieu nous préserve d'être ainsi cause du manque d'amour dans ce monde qui en manque tellement.
AMEN