PORTER DU FRUIT
2 S 1, 1-12 ; Mt 13, 24-30
(13 juillet 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ans l'évangile d'hier l'homme était comparé à un arbre qui porte du fruit, un arbre qui au-delà de l'écorce avait un cœur, avait quelque chose qui ressemble à ces lignes à l'intérieur des arbres, un arbre qui porte du fruit, du bonzaï au baobab, chacun nous étions appelés à porter du fruit, et chaque fruit révélait ce qui est par-delà l'écorce, au cœur de l'arbre.
Aujourd'hui, l'homme est comparé à une terre qui reçoit cette Parole et qui elle aussi donne du fruit. Là aussi il y a toutes les variantes possibles, il y a le chemin pierreux sous le soleil, il y a les épines, il y a le champ qui vient d'être retourné et qui s'apprête à recevoir la Parole. On pourrait dire que l'arbre est cette verticalité, ce qui ressemble à l'homme, avec ses bras qui sont comme les branches, c'est l'arbre qui tutoie le ciel, c'est l'arbre de l'extériorité et de l'autre côté on pourrait dire que la terre c'est peut-être le côté plus intérieur de l'homme, c'est l'humus, c'est la terre, qui est faite de ce terreau. On pourrait jouer sur la complémentarité des images. Mais il y a quelque chose qui est frappant pour ces deux images : dans les deux cas, il ne s'agit pas simplement d'agrément, ce n'est pas seulement un arbre pour faire joli, ce n'est pas simplement une terre qui serait comme un jardin, pour pouvoir s'y promener. Dans les deux cas, il y a cette insistance sur les fruits. On peut alors se dire : ça y est, c'en est fini de cette gratuité, il faut absolument porter du fruit, il va falloir que les fruits deviennent notre préoccupation, jusqu'à même notre obsession, il va falloir absolument que comme chrétien, quelle que soit ma vocation, peu importe, il faut que je porte du fruit, que je sois capable de donner des fruits, de convertir les autres, d'apporter un peu de paix autour de moi. Mais il y a une ambiguïté dans les fruits, toujours ! Parfois, avec certaines personnes, on va déployer des trésors d'énergie, et cela ne portera pas beaucoup de fruits. D'autres fois, on déploiera un minimum d'énergie et cela portera du fruit ! Je me souviens, pour vous faire sourire, d'une personne qui venait me voir et qui pour convertir son gendre lui faisait du café à l'eau de Lourdes ! Elle déployait toute cette énergie en faisant du café à l'eau de Lourdes, pour que son gendre se convertisse, et ça ne marchait pas, et elle me demandait : que dois-je faire ? Et je lui ai dit : arrêtez de l'embêter ! Il y a une ambiguïté dans les fruits, et cette ambiguïté est voulue par le Sauveur, pour nous interdire de juger les fruits que nous donnons. C'est comme le péché. Quelquefois, on voudrait avoir prise sur son péché, on voudrait le garder bien au chaud, c'est notre péché, on sait ce qu'on a fait ... alors que le péché qu'on a fait et qui est le fruit d'un tas de choses, du conditionnement d'une liberté parfois un peu entravée, même des conséquences de notre péché qui nous échappe complètement, comme les fruits qui nous échappent. Pour juger de la qualité d'un fruit, il faut le goûter, pour juger de la qualité d'un fruit produit par l'arbre, il faut pouvoir se l'approprier, se le faire sien, alors que les fruits ne nous appartiennent pas et que nous avons dans notre vie à donner, mais nous avons surtout à recevoir, et surtout pas à prendre.
Il y a peut-être un écho lointain avec le récit de la Genèse où Eve prend le fruit, alors que nous, dans les fruits qui nous sont demandés, dans les fruits de notre vie chrétienne qui nous échappent, où quelquefois on a l'impression qu'on a fait beaucoup et cela ne produit aucun fruit, dans ces fruits de la vie chrétienne, nous avons d'abord à recevoir et comprendre que dans notre foi, il y a autant de générosité à donner qu'à recevoir. Il y aune générosité certaine à donner, donner, donner, mais je crois qu'il y a une générosité qui est peut-être moins évidente, mais qui consiste à recevoir les fruits que le Seigneur nous donne, non pas pour les juger en se disant que peut-être que tel frère ou telle sœur a reçu des fruits meilleurs que les nôtres, mais recevoir humblement les fruits qui nous sont donnés, et rendre grâce au Sauveur, ce que nous allons faire dans cette Eucharistie : nous allons partager le fruit qui est tombé de l'arbre de la Croix, pour ressusciter dans le jardin de Pâques.
AMEN