L'URGENCE DE LA MISÉRICORDE

1 S 28, 15-20 ; Mt 12, 9-21

(9 juillet 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers cet évangile, c'est tout le problème que j'appellerais l'urgence de la miséricorde qui est en cause. Urgence de la miséricorde d'abord dans la mission première de Jésus : Il est le Messie promis à Israël. Et par conséquent, lorsqu'Il vient et qu'Il voit quelqu'un comme l'homme à la main desséchée, qui a besoin d'être aidé, d'être guéri, le Christ à cause de l'urgence de la miséricorde, le Christ passe au-delà de certaines prescriptions de la Loi que la tradition pharisienne avait établi. A ce moment-là Jésus guérit l'homme et déchaîne la colère de ceux qui sont les témoins de cette guérison. Pour­tant, Jésus montre que l'urgence de cette miséricorde se justifie vis-à-vis de l'homme puisque les hommes eux-mêmes ressentent une sorte d'urgence de la misé­ricorde même vis-à-vis des animaux qui seraient tom­bés dans les puits. Dieu montre ici que la seule Loi qui est la sienne, c'est l'urgence d'apporter le salut. C'est pour cela qu'Il est venu.

Mais cette urgence de la miséricorde a un re­vers et ce revers nous est indiqué par le passage qui suit. Le rédacteur de l'évangile, Matthieu enchaîne en citant un passage du prophète Isaïe qu'on appelle le Serviteur Souffrant. Il le fait parce que d'abord ce serviteur souffrant "ne brise pas le roseau froissé et n'éteint pas la mèche qui fume encore". C'est là en­core le thème de l'urgence de la miséricorde. Seule­ment, avec un revers de médaille, c'est que si Israël ne comprend pas l'urgence de la miséricorde, alors, le Serviteur, Jésus, le Serviteur parfait, sera obligé de passer des premiers destinataires de la miséricorde à d'autres qui l'accueilleront mieux. C'est pour cela que ce texte est choisi, car à plusieurs reprises, ce texte fait allusion aux nations, c'est-à-dire qu'à ce moment-là, il ne s'agit plus d'Israël. Il faut qu'Il mène le droit au triomphe et en son nom les nations mettront leur espérance. En réalité, c'est là la pointe de la citation : puisque Israël n'accueille pas et en comprend pas l'ur­gence de la miséricorde divine, ce sont les nations qui en seront les bénéficiaires. Vous voyez qu'à travers un jeu simple d'un miracle suivi d'une citation, c'est pra­tiquement toute l'épître aux Romains de saint Paul qui est signifiée, manifestée dans ce simple passage. Si Israël ne comprend pas l'urgence du salut et de la miséricorde de Dieu pour lui, alors cette urgence et cette nécessité pour Dieu de communiquer le salut est telle qu'Il passera par-dessus les médiations que nor­malement Il avait prévu, la médiation du peuple d'Israël.

Cette page est redoutable pour nous, car au­jourd'hui, nous pouvons nous considérer comme les médiateurs membres de l'Église, médiateurs normaux de l'urgence de la miséricorde, encore faut-il que nous y répondions, encore faut-il que nous le comprenions, parce que si nous ne le comprenons pas et si nous ne l'acceptons pas, l'urgence du salut est telle qu'elle peut passer par-dessus nous, nous laisser sur le bord du chemin et aller à la rencontre de ceux dont nous pen­sons peut-être qu'ils n'ont pas tout à fait droit au salut, en tout cas, moins que nous.

C'est pour nous l'occasion de méditer sur cette urgence de la miséricorde. Pourquoi le Salut est-il urgent ? Ce n'est pas parce que nous voulons être sau­vés, mais c'est parce que Dieu veut sauver. Lorsqu'il s'agit de l'urgence du salut, c'est à nous de compren­dre que nous ne pouvons aller que dans le sens de l'urgence et non pas de mettre les bâtons dans les roues à l'urgence que Dieu ressent du salut à commu­niquer pour le monde. C'est pour cela que pour nous ces textes sont à la fois un éclairage extrêmement profond sur la manière dont Dieu veut sauver, du côté de Dieu, il n'y a qu'un désir, c'est de sauver, et à ce titre-là, on peut se demander ce que signifie dans une certaine tradition, je ne dis pas la vraie tradition chré­tienne, mais dans une certaine tradition de pensée ou de sensibilité chrétienne, ce que veut dire l'idée qu'on se fait d'un Dieu qui n'a qu'une envie c'est de régler ses comptes et de punir, parce que ce n'est pas le Dieu de l'urgence du salut, c'est un Dieu que nous nous forgeons comme un Dieu qui pose des conditions au salut, or Dieu ne pose aucune condition au Salut, c'est nous à certains moments qui posons les conditions. Donc, cela nous amène à reconsidérer ce problème fondamental : comment entrons-nous dans cette in­tention de Dieu de vouloir proclamer et communiquer son Salut en toute urgence.

 

 

AMEN