J'AI JOUÉ DE LA FLÛTE ... !
1 S 27, 1-7 ; Mt 16, 24
(5 juillet 2001)
Homélie du Frère Yves Habert
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ous continuons notre lecture de ce fameux discours apostolique, ce discours qui est la charte de l'évangélisateur, de celui qui a reçu cette mission d'annoncer le Royaume. On voit ces gamins assis sur cette belle place, au bord de la fontaine, et qui refusent de rentrer dans la danse, qui refusent de pleurer, qui refusent d'entrer dans le mouvement de la vie et de la résurrection, qui refusent aussi d'entrer dans la mort. "Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé", ce sont les noces. "Nous avons entonné des chants funèbres et vous n'avez pas pleuré, vous ne vous êtes pas lamentés", c'est la croix, la gloire et la croix comme indissolublement unies. Mais on pourrait aussi retourner cette proposition, on voit bien les gamins qui refusent d'entrer dans cette ronde, dans cette danse que propose le Sauveur, mais on pourrait dire aussi que c'est le chant du Sauveur Lui-même, on pourrait se dire que Jésus est comme ce Moïse, avec ses agneaux, ces moutons, gardant les troupeaux de son beau-père Jéthro qui joue de la flûte, ou David, qui est aussi auprès de ses moutons.
Mais il y a quelque chose qui m'étonne c'est : "Nous" avons joué, "nous" avons entamé un chant de deuil. Je crois qu'à travers ce "nous" est dite profondément l'union du Christ et de sa toute jeune Eglise. C'est l'Epoux et les compagnons de l'Epoux indissolublement unis, comme ces noces traditionnelles en Bretagne, il n'y avait pas de faire-part, alors le fiancé partait avec ses amis et allait de maison en maison pour annoncer ses noces, et c'était prétexte à un verre de cidre, et puis l'ambiance le soir devait être un peu plus joyeuse que le matin. Aujourd'hui, c'est plus difficile quand on voit la provenance de nos mariages, il faudrait parcourir la terre entière en jet pour aller inviter chacun. Mais je crois que le Seigneur dans cette phrase a traduit qu'Il est vraiment l'Epoux, qu'Il est vraiment venu pour nous convoquer aux noces, et que c'est à Lui de l'annoncer, les noces avec l'Église. C'est à Lui de jouer de la flûte, de convoquer, c'est à Lui de nous faire entrer dans cette danse. Je suis surpris parce qu'il dit : "Nous avons joué de la flûte, nous avons entonné un chant de deuil". Il ne reproche pas à ces personnes qui sont là : vous n'avez pas respecté le sabbat, vous n'avez pas obéi aux commandements, vous n'avez pas prié, mais Il dit : vous ne vous êtes pas réjoui ! vous n'êtes pas entrés dans cette danse. Alors que pour le Précurseur, il n'a fallu qu'un mot, il n'a fallu que la rencontre avec Lui, pour que tout de suite le Précurseur soit ravi de joie à la voix de l'Epoux. Pour Marie, il a fallu que l'ange Gabriel joue ses trois petites notes : tu seras la mère du Sauveur, pour qu'aussitôt, sans attendre, elle se sente convoquée à ces noces.
Tout le mystère de l'évangile n'est jamais là où on l'attend, il ne rajoute pas quelque chose comme des obligations, mais je crois que l'évangile c'est d'abord cette joie qui commence à sourdre et à laquelle nous sommes invités à participer. L'Église n'est pas là pour faire peser un poids supplémentaire sur les consciences, sur les personnes, mais l'Église, c'est d'abord cette joie. Il ne faudrait pas qu'au dernier jour, quand nous le verrons face à face Il nous dise : "J'ai joué de la flûte et tu n'as pas dansé", et que nous répondions, mais si, j'ai prié. "Oui, tu as prié, mais je voulais te voir danser, je voulais que ta prière soit une danse, je voulais que tout ce que tu faisais, tout ce que tu as même fait pour mes frères, je voulais que ce soit une danse, et tu ne l'as pas fait comme une danse". Je crois qu'au ciel Il jouera un petit air de flûte, trois notes, et tout de suite nous comprendrons tout, tout de suite, nous ré-interprèterons tout ce que nous avons, tout de suite, nous comprendrons qu'il fallait le faire, mais en dansant, qu'il fallait prier en dansant, assister à la messe en dansant dans son cœur, qu'il fallait tout faire en dansant.
Purifions-nous de toutes ces fausses images de Dieu que nous pouvons encore entretenir, de ces fausses images de l'Église. Accueillons vraiment cet évangile, cette Parole comme une Parole de joie et l'Église un lieu où l'on danse d'abord.
AMEN