RECEVOIR LA PAROLE

Jos 8, 14-19 ; Mt 13, 10-17

(12 juillet 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, le texte que nous venons de lire, vous le savez est inséré entre la parabole du semeur et l'explication que va en donner Jésus. Matthieu introduit une sorte de petit commentaire à l'occasion d'une question des disciples et Jésus déve­loppe cette idée qui, à mon avis, est une clé pour comprendre toute la révélation du Nouveau Testa­ment: la Parole est annoncée comme le semeur jette la semence, mais ensuite le fait de la comprendre, de la recevoir et de l'accueillir cela relève uniquement de l'efficacité de la grâce.

Au fond, on pourrait comprendre cette petite insertion qui est avant l'explication de la parabole du semeur comme déjà un premier élément d'explication, car quand le semeur sème, il donne la Parole à tous, quand Jésus parle, il donne, il livre son message à tous, mais de fait, cette Parole opère une sorte de divi­sion et de rupture, il y a ceux qui comprennent et ceux qui n'entendent pas, il y a ceux qui ont des oreilles pour entendre et qui donc accueillent la Parole Dieu, et il y a ceux qui simplement entendent et ne com­prennent pas.

Et là, c'est peut-être l'enseignement le plus terrible pour nous, c'est que Jésus veut bien nous faire comprendre que si nous comprenons quelque chose de cette Parole, n'allons pas nous l'attribuer, si nous entrons dans l'intelligence de cette Parole, comme Jésus le dit aux disciples, cela est donné. Ce que Jésus veut dévoiler à ses disciples, c'est que la parabole est un discours apparemment caché et énigmatique non seulement pour que ceux qui ont le cœur fermé, après tout s'en détournent, mais surtout pour que ceux qui ont le cœur ouvert sachent qu'ils n'en ont pas l'intelli­gence par eux-mêmes. C'est dire que ce texte ver­rouille définitivement toute compréhension de la foi, du message de l'évangile et du salut comme quelque chose que l'homme pourrait s'approprier par ses pro­pres moyens et par ses seules forces. C'est donc une sorte d'enseignement sur la gratuité absolue de la ré­vélation de la Parole. Tout ce que nous accueillons de la Parole, c'est déjà l'efficacité de la Parole en nous. Nous ne pouvons pas poser de conditions ni à l'ac­cueil ni à l'intelligence de la foi. Si nous nous faisons cette illusion de croire que c'est nous qui comprenons la Parole, que c'est nous qui maîtrisons, que c'est nous qui construisons notre système religieux, alors nous sommes pire que ceux qui croient entendre et qui n'entendent pas, parce qu'à ce moment-là non seule­ment nous n'entendrons pas, mais nous faisons comme ces gens qui se baladent avec leur walkman sur les oreilles, nous nous faisons du bruit dans les oreilles, et ce n'est pas nécessairement ce que Dieu veut nous faire entendre.

Que ce petit passage apparemment glissé comme une sorte d'insertion ou d'ajout, nous ramène quand même à la parabole du semeur qui est le don de la Parole, c'est Dieu qui offre la révélation, et c'est aussi le don de la compréhension, c'est Dieu qui ouvre le cœur à l'intelligence de la Parole, et pour nous, dans la manière même où nous suivons jour après jour le chemin de note foi, nous n'allions pas nous tromper nous-mêmes en croyant que notre itinéraire religieux de foi est le seul résultat que nous pourrions com­prendre, bâtir et construire, mais que c'est jour après jour la manifestation de la grâce de Dieu en nous.

 

 

AMEN