LE BONHEUR PROMIS PAR DIEU
Jc 4, 1-3 ; Mt 5-12
(28 février 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, ayant terminé samedi dernier la lecture de l'évangile de saint Marc, nous commençons aujourd'hui l'évangile de saint Matthieu. Au cours du temps de Noël et de l'Epiphanie, nous avons déjà lu dans saint Matthieu ce qu'on appelle l'évangile de l'enfance, ainsi que le récit du baptême de Jésus au Jourdain, et bientôt en commençant le Carême, nous lirons le récit de la tentation au désert, c'est immédiatement après ces préludes que commence la vie publique de Jésus au chapitre cinquième de saint Matthieu, et nous venons d'en lire le début.
Ce récit de la vie publique de Jésus commence par une sorte de grande charte du Royaume de Dieu qu'on appelle couramment le Discours ou le Sermon sur la montagne, et l'on entend qu'effectivement, Jésus a gravi une montagne pour parler à ses disciples, et le tout début de ce commencement, c'est la proclamation du bonheur, des béatitudes que nous venons d'entendre.
Ces béatitudes telles que nous les rapporte saint Matthieu sont au nombre de huit et constituent deux groupes légèrement différents. Il y a quatre béatitudes qui sont d'ailleurs communes à Matthieu et à Luc, qui manifestent que même les pauvres, même ceux qui sont affligés et pleurent, même ceux qui sont persécutés peuvent par la grâce de Dieu, par la puissance de la rédemption parvenir au bonheur.
Mais, ceci pourrait nous donner l'impression d'une sorte de compensation : ce qui vous a manqué, Dieu vous le donnera, ne vous inquiétez pas, même si vous souffrez, il y aura une récompense.
Vient alors l'autre groupe des quatre autres béatitudes, qui sont propres à saint Matthieu, saint Luc ne les cite pas, ces quatre autres béatitudes vont nous éclairer en profondeur sur la signification de ce renversement de situation que je viens d'évoquer. Ce n'est pas simplement pour que ceux qui sont pauvres deviennent riches, que ceux qui pleurent se réjouissent, que Jésus proclame les béatitudes, mais Il nous invite à aller plus loin : que disent ces quatre autres béatitudes ? "Bienheureux les cœurs purs", c'est-à-dire ceux dont le cœur est libre, disponible, ouvert, prêt à accueillir. Voilà déjà quelque chose de nouveau, une sorte de notation positive de cette foi, avoir le cœur prêt pour recevoir. Pour recevoir quoi ? "Bienheureux les doux". Voici le premier don, la première qualité de ce cœur libre et ouvert, c'est un cœur qui est établi dans la douceur, qui rejetant la violence et l'agressivité, cette lutte et ces guerres dont parlait saint Jacques tout à l'heure, se consacre à la douceur, à la paix, à la sérénité. "Bienheureux ceux qui sont artisans de paix". Là nous franchissons un pas nouveau, il ne s'agit pas seulement d'avoir son cœur dans la paix, il faut aussi que cette paix se répande autour de notre cœur, que nous construisions la paix, que nous répandions la paix, que nous soyons des hommes de paix pour les autres, et par conséquent, cette douceur, parce que notre cœur est libre et ouvert, va non seulement l'envahir, mais retentir au-delà de notre cœur sur tous nos frères. Et puis, voici la dernière de ces béatitudes, non pas dans l'ordre où elles sont inscrites, mais dans l'ordre où je les évoque, celle qui va nous donner me semble-t-il le secret définitif : "Bienheureux les miséricordieux". Littéralement, ceux qui ont le cœur capable de miséricorde, c'est-à-dire ceux qui ont le cœur capable d'être sensible à la misère des autres. Ceux-là obtiendront le pardon, la plénitude de cette miséricorde. Voilà le secret de ce cœur libre, de ce cœur ouvert, de ce cœur qui est dans la paix, et qui répand la paix, c'est qu'il répand aussi un regard d'attention et d'amour sur la misère qui nous entoure. Nous venons apporter l'amour, la miséricorde que Dieu nous donne et qui va se répandre autour de nous. Alors, nous comprenons pourquoi bienheureux seront les pauvres, bienheureux seront ceux qui pleurent, parce que le fait d'être pauvre, de pleurer, d'avoir faim, d'être persécuté, les ouvre à la compréhension de la misère de leurs frères, ils comprennent la détresse de leurs frères pauvres, ils comprennent la souffrance de leurs frères qui pleurent, ils comprennent la faim de leurs frères affamés et assoiffés et alors, leur cœur lui-même expérimentant sa pauvreté devient susceptible d'entrer en communion avec toutes les pauvretés, et de répandre non pas la jalousie, comme dit saint Jacques, non pas la plainte, qui serait consécutive à leur propre misère, mais leur cœur répandant cette douceur de Dieu, cette miséricorde de Dieu, cette attention à la misère des autres, qui non seulement apporte consolation à nos frères, mais aussi nous délivre de notre propre misère: "Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde".
AMEN