IL NE SUFFIT PAS DE DIRE
1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
(24 novembre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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n piège est dénoncé par le Seigneur dans cet évangile. C'est le piège d'un certain mensonge que nous pouvons nous faire à nous-même. En général, nous comprenons le mensonge comme une vérité que nous avons cachée ou que nous n'avons pas osé dire. Mais il y a un autre mensonge qui vient du décalage qu'il y a entre ce que je crois que je suis, ce que je crois que je fais et ce que je fais réellement.
Il y a en effet un décalage entre ce que nous pensons être par rapport à Dieu ce que nous pensons être par rapport aux autres et ce que nous sommes réellement par rapport à Dieu et par rapport aux autres. Et souvent, comme il est désagréable d'être confronté à un relatif échec en matière de relation divine ou de relation fraternelle, nous préférons-nous contenter de vérifier ce que nous sommes par rapport à ce que nous en disons. C'est d'ailleurs le grand danger pour les prédicateurs que d'être sans arrêt confrontés (quel sentiment désagréable), d'être confrontés à une Parole qu'ils doivent enseigner et de prendre conscience qu'ils le font petitement. Souvent d'ailleurs, les gens profitent de ce que prêtre prêche pour penser qu'il vit ce qu'il dit. Mais il est peut-être le premier à être l'auditeur de sa propre prédication en prenant conscience qu'il est loin de dire et de vivre ce qu'il vient de vous dire.
Le décalage n'est donc pas propre aux laïcs, mais il est propre aux chrétiens. Et il est peut-être bon de s'y frotter ou de s'y confronter. Car le langage qui est si important pour nous est aussi un danger manifeste car nous pourrions lui donner des ailes et croire que nous sommes ce que nous disons. Il faut donc que nous mesurions ce que nous sommes à ce que nous faisons ce qui est plus difficile. C'est une confrontation plus exigeante. Il s'agit donc de cette unité de l'homme à construire et la construction d'un homme se fait par les actes qu'il pose à l'extérieur de lui, non pas par les idées qu'il en a, non pas par les certitudes qui peuvent l'habiter. Les certitudes sont stériles et vaines, et la foi serait vaine sans les œuvres, donc les certitudes sont vaines et stériles, si elles ne sont pas accompagnées, suivies, prolongées, incarnées par des actes précis auprès des autres ou auprès de Dieu.
Méfions-nous d'avoir dans notre vie dit beaucoup : "Seigneur, Seigneur !" et que nous entendions un jour le Seigneur nous dire : "Mais je ne te connais pas !" Je ne te connais pas car Je t'aurais connu si tu avais pu te manifester dans les actes que tu as posés, car il ne s'agit pas tant de parler que de se manifester à soi-même, comme une sorte d'épiphanie personnelle, ce que nous avons à devenir, ce que nous avons à être, à faire, dans ce que nous faisons auprès de Dieu ou auprès des autres.
Ne nous laissons pas engorger dans le décalage, dans le mensonge que nous nous sommes fait à nous-même, entre ce que nous disons et ce que nous faisons. Acceptons d'y être confrontés et ainsi de poser des actes qui nous mettent dans la vérité de l'évangile, par rapport aux autres, par rapport à Dieu, et qui nous permettrons d'entendre ainsi l'exigence de la Parole comme saint Colomban l'avait si, bien entendu, peut-être trop d'ailleurs car on l'accuse souvent d'être trop rigoureux, trop difficile. Il a été plusieurs fois exilé non seulement par les châtelains qui l'entouraient mais également par ses frères moines qui le trouvaient insupportable. Demandons donc non pas d'être insupportable aux autres, mais d'être en vérité l'homme que Dieu veut que nous soyons.
AMEN