QUE ME MANQUE-T-IL ?

Sg 9, 1-12 ; Mt 19, 16-30

(12 août 1996)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans le rapport que nous avons avec Dieu, il y a deux projets qui ne sont pas toujours iden­tiques : notre propre projet humain de re­joindre Dieu et celui qu'a Dieu pour construire en nous l'homme nouveau.

Nous avons tendance à construire une certaine tour de Babel qui nous permet de hisser notre pauvre être, misérable, à une hauteur que nous pensons res­pectable quant-à Dieu. Et notre façon d'organiser no­tre vie religieuse va souvent à l'encontre de ce que je vais appeler "l'improvisation de Dieu dans notre vie".

Mes marche-pieds de cette tour de Babel peu­vent être les commandements que nous avons à res­pecter et qui sont, de fait, le prologue d'entrée dans la vie chrétienne. Et pourtant, dans ce dialogue entre Jésus et ce jeune homme, nous sentons bien qu'il y a quelque chose de non-dit, presque d'indicible et signi­fié par Jésus. Il me manque quelque chose, dit le jeune homme, mais "que me manque-t-il ?" C'est bien la seconde interrogation que Jésus va dévoiler davan­tage, une autre exigence, mais en sentant que l'exi­gence va freiner l'élan de ce jeune homme qui ne pourra aller au bout de ce qu'il s'était donné à faire pour être parfait.

Nous organisons notre vie spirituelle, nous en connaissons les articulations profondes, les paragra­phes, les grands chapitres écrits ou non écrits. Y a-t-il de la place, dans cette vie personnelle pour ce que Dieu a à faire en nous, sans que ce qu'il fasse rentre dans ce que nous avions prévu ? Est-ce que cette li­berté divine, cette liberté dangereuse, amoureuse a de la place dans notre cœur ? Ou est-ce que nous avons, à l'avance, prévu les canaux d'intervention, les modes d'intervention de Dieu ? Est-ce la tristesse qui accable ce jeune homme et qui nous accable parfois n'est pas ce décalage que nous constatons, douloureusement, entre le projet que nous avons pour nous améliorer et l'incapacité de nous y conformer ?

Est-ce qu'il n'y aurait pas une joie, non pas à être pécheur, mais presque, en ce sens d'accepter vaille que vaille que notre marche est imparfaite, que nous boitons, mais que nous avançons quand même et qu'il nous faut trouver de la joie à être cet être impar­fait si désiré de Dieu ? Peut-être avons-nous à "dé­monter" ces programmes qui nous rassurent et qui sont trop étroits pour la liberté de Dieu ! Peut-être avons-nous à retrouver en nous l'élan, le jaillissement premier de notre élan vers Dieu, en demandant que le Seigneur l'épouse, le transforme, le réjouisse, et ainsi nous amène près de Lui ? Nous serons alors protégés de cette tristesse qui est que notre tour de Babel n'at­teint jamais Dieu et nous serons rejoints par Celui qui seul peut descendre vers nous en déchirant les cieux, comme disait le prophète, et pardonner ce pécheur que nous sommes et que nous pouvons offrir, avec certitude, à notre Dieu plein de miséricorde.

 

 

AMEN