ÉTERNELS MÉCONTENTS DE L'ÉGLISE
2 R 4, 18-37 ; Mt 11, 16-24
(30 juin 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ous connaissez peut-être de ces gens, des ces empêcheurs de tourner en rond ou des gens toujours mécontents ou désabusés. L'évangile que nous venons d'écouter et de proclamer c'est Jésus-Christ fustigeant ceux qui ne sont jamais contents, ceux qui ne sont jamais prêts à accepter, telle quelle, la manière dont Dieu a décidé de se révéler. Envoie-t-il Jean-Baptiste ? Il ne correspond pas à leur attente. Envoie-t-il son propre Fils ? On le traite de glouton. Si nous connaissons ce genre de personnage dans l'évangile, auxquels nous ne souhaitons certainement pas adhérer, puisque le malheur tombe sur eux, je crois qu'il faut nous remettre nous aussi en question.
Ne sommes-nous pas, parfois, par rapport à la foi, à l'Église, de ces gens mécontents, désabusés, qui ne cessent de critiquer l'un, Jean-Baptiste, qui ne cessent de critiquer l'autre, Jésus, et pour qui, de toute façon, il n'y aura jamais rien qui corresponde à quelque chose de bien. Il y a là un enjeu. Cela peut paraître simplement un enjeu moral, pour que l'on se dise : il faut essayer de faire le bien. On peut aussi essayer d'accepter ce qui nous est proposé. Mais cela va plus loin.
Ce qui est remis en question, c'est notre façon d'être, dans l'Église c'est notre manière de vivre l'Église. Car, en somme, quand nous ne cessons de critiquer tel ou tel prêtre, Il n'a qu'à pas se mettre en avant, comme ça il ne sera pas critiqué, ou aussi tel ou tel laïc, ou telle ou telle façon de faire dans l'Église, nous nous situons toujours comme à l'extérieur, comme des gens toujours mécontents. D'abord il faut accepter un point important de cette Église, c'est que l'Église est à la fois humaine et divine. Elle a des fragilités humaines et elle a des grandeurs divines.
Deuxièmement, cette Église ne nous est pas extérieure, nous en faisons partie et nous la construisons, nous lui apportons, par notre péché, par notre désabusement, par notre manque de joie de vivre dans l'Église, nous lui apportons sa fragilité, nous la défigurons. Ce n'est pas forcément toujours le voisin qui est responsable de ce qui se fait dans l'Église. Ce n'est pas forcément toujours le prêtre, les évêques ou le pape, mais c'est aussi, même à une petite échelle, notre propre manière d'appartenir à l'Église. Et par notre baptême, nous pouvons aussi être constitutifs de l'Église, être constitutifs de ce corps qu'est L'Église, comme le dit saint Paul, et donc participer à la construction de cet organisme qui se déploie, qui grandit. Et comme tout corps qui grandit, peut connaître parfois, une adolescence, un manque de vitesse, de vitalité. Mais l'Église c'est un corps appelé "à une stature d'âge adulte, d'homme mûr, d'homme total en Christ".
Alors ce qui s'inscrit, finalement aussi bien dans l'Église que dans notre propre appartenance à cette Église, c'est une mission ou un devoir d'espérance. L'Église n'est pas une simple structure, un simple organisme qui servirait simplement à satisfaire les besoins religieux ou spirituels, mais elle est véritablement un corps auquel Je participe, auquel j'apporte grandeur et misère. Donc il ne faut pas se situer à l'extérieur, mais bien à l'intérieur de l'Église pour saisir le cœur et le mystère de cette Église, ce mystère qui habite l'Église et qui est d'être l'Epouse du Christ, qui est d'être à l'image et à la ressemblance de son Créateur et de son Seigneur.
"Vous avez joué de la musique et vous n'avez pas dansé ! Vous avez entendu les chants et vous ne vous êtes pas associés aux chants !" Je crois qu'il nous faut nous poser cette question. L'enjeu de l'Église, sa possibilité d'être aujourd'hui une réalité vivante et rayonnante pour les hommes, sa possibilité de faire vraiment partie de ce corps, de l'aimer, d'en faire partie prenante et donc de prendre aussi soin de ce corps qu'est l'Église que l'on prend soin de notre propre corps, d'aimer ceux qui animent cette Église, l'âme de l'Esprit qui réside en elle, comme nous aimons aussi, peut-être, être avec le Seigneur ceux qui s'avancent sur le chemin du salut. Alors ne nous arrêtons pas toujours aux facilités, aux masques extérieurs, à ce que laisse peut-être transparaître l'Église, à tort ou à raison, mais sachons retrouver ce qui fait son identité, parce qu'en retrouvant l'identité de ce qu'est l'Église, nous retrouverons notre propre identité. Nous serons ainsi capables de comprendre que nous sommes vraiment, ces êtres sauvés que Dieu aime, qu'Il agrège à son propre corps pour en faire un don à Dieu le Père, dans la gloire de l'Esprit.
AMEN