COHÉRENCE DES BÉATITUDES
1 R 17, 1-6 ; Mt 5, 1-12
(23 mai 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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uand on analyse un événement, quand on aborde un texte, une personne, on tente d'y découvrir une certaine cohérence, de discerner les connexions qui permettent de dégager une relative logique dans cet événement, dans cette personne ou dans ce texte que nous voulons comprendre. A l'égard de Dieu, il n'en va pas ainsi, ou du moins il ne faudrait pas qu'il en aille ainsi. Chercher des cohérences à l'égard de Celui qui n'est pas accessible, c'est se tromper de personne. C'est lui attribuer des raisons que nous ne pouvons pas encore comprendre. Un chrétien est un homme qui doit se faire enseigner, qui doit accepter que sa vie, sa vie de chrétien, soit toujours une sorte de noviciat permanent quant au mystère profond de Dieu. Il n'y a pas d'expertise en matière divine, mais il n'y a qu'une sorte de formation, non pas de construction mais d'élaboration et de transfiguration progressive.
Vous avez fait vous-mêmes l'expérience. Lorsque vous pensez approcher d'une vérité divine, ce n'est pas que vous la comprenez mais c'est qu'elle vous a épousée. Et le programme naturel de Jésus en cet évangile de Matthieu définit justement ceux qui sont à enseigner, qui ne savent pas encore, ceux qui n'ont pas accepté de projeter sur ce monde, sur les évènements malheureux de ce monde, une cohérence justifiant Dieu ou ne justifiant pas Dieu. Comme s'ils avaient décidé de suspendre leur jugement. Et l'on pourrait résumer ainsi leur position : Dieu n'a pas encore dit son dernier mot, je l'attends.
Et qui sont donc ceux qui attendent une connaissance plus parfaite de Dieu et qui attendent d'être enseignés par Jésus ? "Prenant la parole, Il les enseignait, en disant". Pour ma part, j'ai de la joie à imaginer la force, l'autorité et en même temps la douceur des paroles qui sont sorties de la bouche de Jésus Non pas qu'on puisse les comprendre, qu'on puisse les étreindre, qu'on puisse même les mémoriser tout de suite mais elles ont une perspective si profonde dans ma pensée, dans mon cœur, comme ce devait être le cas dans le cœur et la pensée des apôtres, qu'elles me laissent comme assoiffé. On relit sans arrêt les Béatitudes parce que ces Béatitudes inaugurent non seulement le programme de relations avec Dieu mais en même temps inaugurent une voie de connaissance meilleure de Dieu.
Il faut que j'aie une âme de pauvre. Qu'est-ce qu'un pauvre si ce n'est celui qui attend qu'on lui donne quelque chose ? Il faut que je sois un doux, que j'aie été affligé par ce monde, que je sois resté affamé et assoiffé de justice, que j'aie pratiqué le pardon, la miséricorde, ce qui veut dire que je me suis appauvri d'amour, que j'aie tenté de ne pas obscurcir mon cœur par les choses vaines de ce monde en gardant un cœur pur et que j'aie travaillé, que je me sois usé, car c'est bien là l'œuvre de la paix, dans ce monde.
Ainsi cet homme qui tente de faire siennes ces différentes directives devient fils de Dieu. D'ailleurs qu'est-ce que le Fils a vécu sinon qu'Il a été Lui-même un pauvre parmi les pauvres, qu'Il a été un doux face à la violence, qu'Il a pleuré avec ceux qui pleuraient, qu'Il a ri avec ceux qui riaient, qu'Il a pratiqué la miséricorde et qu'Il a surtout été affamé et assoiffé de justice pour le cœur humain. Et enfin Il a voulu apporter la paix, non pas la paix des hommes, mais la Paix de Dieu. Le Christ a ouvert la voie. C'est pourquoi, tout au long des jours qui précèdent la Pentecôte, nous avons entendu ce long discours de "pénétration" du Père et du Fils qui prouve comment le Père enseigne le Fils et comment maintenant, nous, en Église, nous sommes enseignés par le Fils pour nous approcher du Père.
Il n'y aura pas maintenant de cohérence pour notre raison dans le plan de Dieu. La première chose que nous voyons c'est souvent l'incohérence. Il nous est demandé non pas de nous heurter comme on se heurte à un mur, mais d'utiliser comme un désir de mieux connaître Dieu, de nous ouvrir à sa Parole qui nous nourrit chaque jour.
AMEN