AUTOJUSTIFICATION

Ph 2, 1-4 ; Mt 23, 23-32

(7 septembre 1993)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

et évangile évoque les malédictions que le Christ adresse aux scribes et aux pharisiens qui avaient l'habitude de s'autojustifier dans les actes qu'ils accomplissaient. Nous ne sommes peut-être pas comparables aux scribes et aux phari­siens, et pourtant combien de fois ne cherchons-nous pas, face aux autres et face à Dieu, à nous justifier nous-mêmes, à trouver de bonnes raisons pour paraître mieux que nous sommes, d'où une difficulté majeure dans le sacrement de Réconciliation, celle de s'avouer pécheur et de se reconnaître faible. Et pour­tant, c'est cela que le Seigneur attend. S'Il fustige tant les scribes et les pharisiens c'est parce que, chez eux, il n'y a plus aucune place pour le salut. Ils ont telle­ment bien "ficelé" leur affaire, que même Dieu n'ar­rive pas à y passer. Aussi devons-nous être attentifs à la question que Jésus nous pose : "Etes-vous prêts ou non à recevoir le salut que Je propose ?" ou bien avons-nous déjà si parfaitement ficelé notre propre auto-justification que finalement Dieu ne pourra plus rien pour nous ? Nous avons l'habitude de soigner notre apparence extérieure, mais aussi le souci du cultiver notre intérieur pour qu'il paraisse beau. Mal­gré tout nous restons enfermés dans une certaine atti­tude de pharisaïsme qui consiste moins à suivre tous les préceptes, et cela scrupuleusement, que d'avoir mis dans ces préceptes à suivre toute sa confiance. Il ne faut pas se tromper de moyens ni de salut. Les pharisiens s'étaient trompés de salut car ils avaient mis leur foi et leur espérance dans des moyens à sui­vre scrupuleusement. Ne faisons-nous pas de notre religion un simple appareillage, un simple ensemble de méthodes à suivre régulièrement pour arriver en bon chrétien devant la face du Père ? Laissons-nous toute la place ouverte pour que Dieu puisse réaliser en nous ce pour quoi Il est venu ? Entre les préceptes des pharisiens, leur attitude par rapport au salut et entre nous-même il y a le même espace de liberté humaine pour répondre oui ou non à Dieu, pour laisser cette ouverture se faire dans notre cœur ou, au contraire, le refermer soigneusement.

Dieu nous a donné les moyens du salut. Ce sont les sacrements. Mais les sacrements ne sont pas seulement des moyens, ce ne sont pas des préceptes, des choses à faire régulièrement pour avoir le salut. Ce sont des réalités qui donnent la vie même de Dieu pour que nous puissions y puiser toute notre force mais en sachant que nous sommes toujours indignes des sacrements que Dieu nous donne, que nous ne pouvons pas justifier par notre propre vie la grâce que Dieu nous donne. Si nous pouvions être vraiment dignes de ce que Dieu nous accorde, alors nous se­rions Dieu Lui-même. Finalement ce que Dieu de­mande, c'est cette ouverture, ce désir d'accueillir et non pas de posséder. Les pharisiens voulaient "possé­der" le salut, ils voulaient posséder les hommes, ils voulaient posséder leurs propres moyens de sanctifi­cation. Ne faisons pas la même chose avec la vie sa­cramentelle. C'est un don de Dieu et non pas une bar­rière humaine comme le pensaient les pharisiens qui empêchaient d'accéder au salut ceux qui ne corres­pondaient pas à leurs préceptes, ceux qui n'accomplis­saient pas parfaitement la loi de Dieu. Les sacrements de Dieu sont une ouverture à sa grâce. N'en faisons pas une barrière ou une fermeture à notre monde ou à notre humanité. L'Église, pas plus que la vie sacra­mentelle, n'est pas un refuge. Les pharisiens avaient fait de leur foi, de leur Loi, de leurs préceptes, un refuge pour quelques-uns en excluant tous les autres. Si nous faisons la même chose avec Dieu et avec le don de sa grâce que sont les sacrements, malheur à nous. Nous ne valons pas mieux que les pharisiens.

 

 

AMEN