COLÈRE DE JÉSUS
Ph 1, 12-19 ; Mt 21, 12-22
(4 septembre 1993)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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eut-être avez-vous été saisis par une certaine excessivité de Jésus-Christ. Il se met en colère contre les marchands du Temple, Il leur dit que la maison du Père doit être une maison de prière et qu'ils en ont fait un repaire de brigands. Il vitupère contre les marchands du Temple puis devant les enfants qui crient : "Hosanna au Fils de David" et les récriminations qui s'en suivent de la part des grands-prêtres et des Scribes Jésus répond d'une manière un peu sèche par une parole d'Écriture et "Il les planta là..." Il s'en va vers Béthanie puis revient avec la même animosité dans le cœur et maudit un figuier qui n'a pas donné de fruit, mais était-ce la saison ? Et le figuier devient sec. La colère et la dureté de Jésus sont difficiles à supporter au premier abord.
Or chez Jésus, il faut aller au-delà de la colère et de la dureté du cœur car si le Christ agit ainsi avec les brigands et le figuier qu'en sera-t-il avec nous ? Je ne donne pas cher de ma peau, je ne voudrais pas engager la vôtre, mais la dureté du Christ pourrait peut-être aussi s'appliquer à nous. Une telle position du Christ semble en contradiction avec ce que l'on entend dans le même évangile : "Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur !" Pour résoudre la difficulté que pose une telle page d'évangile il faut peut-être voir derrière ce passage un appel prophétique, un geste qui dépasse amplement la simple réalité et la transcende, faisant appel à plus loin, à un événement qui doit se nouer dans un drame. En fait, au moment de chasser les vendeurs du Temple et de maudire le figuier, Jésus est déjà pris dans la dramatique de sa Passion et de sa mort. Il est pris dans une sorte de courant qui le mène inextricablement vers la croix. Dans ce passage d'évangile, le Christ est en train d'exorciser pour Lui-même et pour les hommes le drame qui se noue à l'intérieur de sa personne et autour de Lui parmi ses disciples, parmi les prêtres et les scribes.
Dans ces cas-là, il est intéressant de lire à la lumière de la Passion et de la mort tout ce passage d'évangile. Jésus chasse les vendeurs du Temple et Il les traite de brigands, Il sera chassé hors du Temple, hors de la ville de Jérusalem et pendu comme un brigand sur la croix. Jésus vitupère contre ceux qui se mettent à chanter : "Hosanna au Fils de David !" Jésus ne recevra plus que des crachats et des paroles infamantes alors qu'Il porte la croix. Jésus va vers Béthanie, Il s'en ira justement vers Béthanie avant sa Passion pour recevoir, en signe de sa sépulture, l'onction de parfum qu'une femme verse sur Lui. Jésus maudit-il le figuier parce qu'il ne donne pas de fruit ? Jésus Lui-même montera sur un autre arbre qui donnera "son plus beau fruit". Jésus a-t-il faim et crie-t-il contre ce figuier qui ne donne pas de fruit ? Jésus, sur la croix, s'écriera sa soif de notre humanité. Trouvera-t-il quelqu'un pour apaiser cette soif ? Jésus dit-il : "Tout ce que vous demanderez avec foi, vous l'obtiendrez !" Quand on sait notre propre difficulté à ne pas obtenir ce qu'on demande, Jésus lorsqu'Il s'écrie : "Père, pourquoi M'as-Tu abandonné ?" trouve-t-il une réponse ?
Si nous lisons ainsi ce passage d'évangile, nous comprendrons peut-être que parfois sans le savoir nos propres actes nous dépassent et que, derrière un aspect peut-être dur et dramatique, se réalise une sorte de sortie de soi signe du salut qui malgré tout commence à se réaliser dans le cœur et la personne du Christ comme dans le cœur et la personne de ceux qui les entourent. Ces signes du Temple vidé de ces vendeurs, ce signe du figuier qui meurt sec doivent appeler à un Temple, celui du corps du Christ qui doit être maison de prière, doit appeler à une croix qui doit porter son fruit. Nous sommes devant la même réalité. Réfléchissons un peu à tous ces signes de mort, de souffrance et de misère qui doivent laisser transfigurer au-delà de cette souffrance et de cette misère et paradoxalement déjà la gloire de Dieu, sa douceur et sa paix lorsqu'Il est conduit vers la mort pour, un jour, ressusciter dans la même douceur et la même paix du matin de Pâques, et pour l'éternité.
AMEN