JÉSUS ET LE TEMPLE

Jg 16, 4-9 ; Mt 17, 22-27

(23 août 1993)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

et épisode évangélique nous met en présence du rapport de Jésus avec le Temple. On de­mande à Jésus de verser la taxe annuelle et personnelle due au Temple. La façon dont Jésus ré­pond situe d'une manière très particulière sa propre vision et sa propre relation au Temple. Il axe sur la manière dont Lui-même et tous ceux qui font partie du peuple hébreu doivent se situer par rapport au Temple.

Le Temple est le centre religieux d'Israël, lieu de la présence de Dieu qui, par sa Nuée se rend pré­sent sur un territoire, entre quatre murs, depuis la sortie d'Egypte sous la tente puis à Jérusalem cœur de la religion des Hébreux. Nous connaissons les psau­mes "des montées" chantés durant les pèlerinages rituels. Ce Temple, Jésus Lui-même aura toujours à y faire face. Une des critiques énoncées au procès du Christ c'est d'avoir "parlé contre le Temple". "Détrui­sez ce Temple et en trois jours je le rebâtirai". Et c'est une même sorte de dialogue quand Jésus répond a la Samaritaine qui demande : "Où faut-il adorer ?" - "En vérité, ce n'est ni à Jérusalem ni sur cette montagne que l'on adorera Dieu, mais en esprit et en vérité."

Pour le juif, la relation au Temple c'était la manière d'accéder à Dieu. Manière extérieure par une taxe prélevée comme impôt, par les sacrifices que l'on pouvait et devait offrir, sacrifices de paix, de réconci­liation qui permettaient de se sanctifier ou de se justi­fier aux yeux de Dieu. Manière pour le grand-prêtre qui, une seule fois par an, entrait dans le saint des saints au nom de tout le peuple pour présenter des sacrifices pour apaiser et réconcilier Dieu avec son peuple.

Le Christ doit faire face au Temple parce qu'Il fait face à Dieu Lui-même. Et comme Il est Lui-même Dieu, le problème est tout à fait entier et paradoxal. La présence de Dieu ne se limite plus entre quatre murs de pierres, mais elle réside dans la personne même du Christ, vrai Dieu et vrai homme. Il est à noter aussi que le premier martyr du christianisme, Etienne, est condamné pour avoir "parlé contre le Temple." Le diacre Etienne est lapidé, tué à coups de pierres parce qu'il a parlé contre des murs de pierres.

Cette présence du Christ parmi les hommes rappelle d'une manière éminente comment nous de­vons nous-mêmes vivre notre propre relation à Dieu. Notre relation à Dieu passe-t-elle simplement par des gestes extérieurs parce qu'un édifice matériel nous semble amplement suffisant pour remplir une vie religieuse soucieuse uniquement de se justifier ou bien est-ce que la présence de Dieu est telle que, comme le dit saint Paul "nous sommes devenus le temple de l'Esprit saint ?" Est-ce que la présence de Dieu parmi nous est telle que nous avons conscience que nous formons le corps du Christ ? Est-ce que la présence de Dieu est telle que nous avons le sentiment profond que l'Esprit de Dieu agit en nous ? On peut, même aujourd'hui, pratiquer une religion tout à fait extérieure et pourtant ne pas arriver à atteindre vrai­ment Dieu, comme finalement les Hébreux en enfer­mant Dieu dans leur Temple n'arrivaient pas à le rejoindre dans l'intimité.

Jésus s'est incarné, Jésus a vécu et souffert pour nous, Jésus est mort sur la croix. Il fait de nous ce Temple nouveau. Comment réagissons-nous à cette œuvre de salut et de rédemption où, enfin, notre acte religieux peut nous donner l'intimité et la vie avec Dieu ? C'est là une question fondamentale. La pré­sence du Christ se fait effectivement réelle dans le pain et le vin et cette intimité de Dieu appelle non plus à un asservissement mais à une amitié et doit nous dire toute la grandeur de Dieu mais aussi toute son humilité pour vouloir à tout prix être, au plus profond de nous-mêmes, la source de notre vie, la source de cette relation d'amour entre Dieu et l'homme.

 

 

AMEN