TROIS ASPECTS DU ROYAUME DE DIEU
Jg 14, 1-11 ; Mt 12, 9-21
(12 août 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e passage d'Isaïe rapporté dans l'évangile de saint Matthieu nous fait méditer sur trois aspects de la présence du mystère de Jésus et en même temps de la présence et de l'activité du Royaume aujourd'hui même.
Le premier aspect est celui de la discrétion. A tous ceux qui sont guéris par Lui Jésus demande de ne pas le faire connaître. Et dans le passage d'Isaïe il nous est dit : "On n'entendra pas sa voix sur les grands chemins". Il ne prendra pas part aux grandes querelles ou aux grands cris de l'humanité. Ceci ne signifie pas une sorte de mésestime de Jésus pour ce qui est de la publication de son Royaume mais souligne que ce Royaume n'a rien à voir avec le spectaculaire, n'a rien à voir avec le médiatique, n'a rien à voir avec le triomphalisme d'une religion ou d'une foi. Le Royaume de Dieu est secret, le Royaume de Dieu est caché et son activité, sa fécondité est réelle mais extrêmement discrète aux yeux humains. Elle est difficilement discernable et repérable dans la chronologie des grands évènements qui marquent chaque époque et, encore aujourd'hui, la vie de l'humanité ou des nations. Ceci ne doit pas nous inquiéter ni nous affoler. Le mystère de Dieu est un mystère invisible et comme il est dit de Moïse, il nous faut marcher "comme s'il voyait l'invisible". Cette discrétion du Royaume de Dieu soit être pour nous un souci c'est-à-dire notre désir, notre volonté de le discerner. Car discret ne veut pas dire complètement enfoui, impondérable mais quelque chose de bien réel tout en étant au-delà de l'écorce de notre vie ou de la superficie des évènements de ce monde. C'est le premier point, le Royaume de Dieu est totalement présent en chacun d'entre nous, il est, par l'Église, totalement présent dans le cœur du monde, mais il faut savoir le discerner. C'est dans ce discernement que nous pouvons puiser l'espérance qu'il s'accomplira et la patience quotidienne de lui être fidèle.
Le deuxième aspect est l'universalité. Jésus dit bien qu'Il est venu annoncer le droit, c'est-à-dire l'accomplissement de la volonté de Dieu "à toutes les nations" et pas uniquement à la nation juive. C'est pour cela qu'il n'est pas lié aux lois de la nation juive comme le sabbat, c'est pour cela d'ailleurs qu'on peut faire la fête parce que Samson prend une femme qui n'est pas du peuple juif. Ce Royaume est donc annoncé de façon universelle. Au temps de Jésus, universel signifiait que toutes les nations y avaient droit. Aujourd'hui universel signifie que ce Royaume de Dieu peut être reçu et annoncé à des hommes qui ne font pas partie visiblement ou officiellement de l'Église ou de notre religion et que le don de Dieu peut travailler et féconder la vie de beaucoup d'autres hommes d'une religion ou d'une autre. Mais justement parce que nous connaissons cette discrétion, nous avons à nous réjouir et à chercher ces signes, ces traces, ces dons de Dieu dans le cœur de tous nos frères, ceux de notre foi bien sûr mais aussi ceux qui, dans l'obscurité de leur vie ou dans la proclamation d'autres religions, cherchent la vérité et le droit de ce Royaume de Dieu.
Et le troisième aspect c'est qu'il est permanent. Jésus dit qu'Il accomplit cette mission jusqu'à ce que la foi triomphe, jusqu'à ce que toutes les nations et tous les hommes aient été mis en connaissance et aient converti leur cœur à sa présence. A un autre endroit de l'évangile Jésus affirme que son Père et Lui travaillent toujours. Et cela aussi est un objet de notre foi. Quand nous considérons notre vie ou celle de notre Église, nous pouvons parfois être découragés, être pessimistes. On a l'impression, mais ce n'est qu'une impression, que ce Royaume n'avance pas, avance moins ou est moins repérable qu'à d'autres époques. Le Royaume de Dieu ne tient pas aux époques ou aux évènements. La présence de Dieu est au-delà de cette chronologie et de ces circonstances.
Que cet évangile ravive en nous ce regard de la foi, cette conviction de notre foi, cette joie et cette espérance que nous puisons parce que le Christ et son activité salvatrice, le Christ et sa miséricorde, le Christ et sa lumière sont vraiment présents, discrètement mais réellement, universellement présents pour tous les hommes et ce jusqu'à la fin des temps. Alors à cause de cela il ne nous est pas permis de nous décourager devant "la mèche qui fume encore" même si nous aimerions que ce soit un flambeau. Il ne nous est pas permis de mépriser ou de mésestimer le roseau surtout s'il est froissé parce qu'il a encore en lui une énergie. Que ces images très simples nous rappellent que, dans notre vie et dans la vie de tous nos frères spécialement ceux qui sont comme les roseaux froissés ou comme les mèches à la limite du désespoir et de la mort, le Christ les a regardés avec amour, les a regardés avec estime, et dans ce regard ils peuvent puiser avec notre aide et notre propre charité la Parole de Dieu, la foi, le triomphe de cette foi.
AMEN