JÉSUS ET LES MALADES
Jg 11, 1-11 ; Mt 8, 5-17
(27 juillet 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette page d'évangile nous montre, à plusieurs reprises et de différentes manières, Jésus en face de la maladie, en face de la souffrance physique, celle du serviteur du centurion, celle de la belle-mère de Pierre, celle de nombreux démoniaques ou malades que l'on apporte devant Jésus. L'essentiel de ce récit consiste à nous montrer le pouvoir absolu, le pouvoir divin de Jésus sur les forces du mal et sur la maladie en particulier, ce pouvoir que les paroles du centurion manifestent, cette foi du centurion dont son cœur est plein, cette foi du centurion qui dit à Jésus : "Il n'est pas nécessaire que Tu descendes chez moi pour guérir mon serviteur car moi qui ne suis qu'un subalterne dans l'armée, je commande et tous m'obéissent." Il signifie par là que les maladies, les forces du mal sont à l'égard de Jésus comme le sont les subordonnés à lui qui n'est qu'un officier de rang inférieur. S'il peut commander aux soldats, de la même manière Jésus peut commander à toutes les puissances du monde puisqu'Il en est le chef, le chef absolu.
De fait Jésus guérit le serviteur du centurion à distance par sa simple parole et non pas même une parole qu'Il prononce sur le malade mais qu'Il prononce de loin et la maladie lui obéit. "D'un mot, Il chassa les esprits" et encore "Il toucha la main de la belle-mère de Pierre et aussitôt la fièvre la quitta" nous dit-on ensuite. C'est un premier aspect de ce pouvoir qu'Il a, de ce pouvoir divin du Christ sur toutes les puissances cosmiques et en particulier sur la maladie qui, dans les croyances du temps, sont assimilées à des puissances démoniaques puisque parmi les malades se trouvent aussi des démoniaques et ils sont traités de la même manière.
En même temps, dans quelques phrases qui sont peut-être moins immédiatement évidentes et frappantes, ce texte nous donne quelques détails plus profonds encore sur les rapports du Christ et de la maladie. Non seulement le Christ commande à la maladie en tant qu'Il est Dieu, en tant qu'Il est créateur, mais Il a un rapport tout particulier en tant que Sauveur. A propos des paroles du centurion, Jésus évoque ce Royaume des Cieux où viendront "d'innombrables hommes du levant et du couchant pour prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob." C'est dire que ce rapport de Jésus avec la maladie est l'annonce, l'inauguration, la manifestation de l'avènement du Royaume des cieux. C'est un des signes des temps messianiques. Le salut apporté à l'humanité est manifesté en quelque sorte, s'est rendu visible par les guérisons qu'opère Jésus. C'est que ces guérisons sont étroitement liées à la guérison du cœur. Jésus a pouvoir sur les maladies mais Il a pouvoir aussi sur les maladies du cœur de l'homme, sur le péché qui est dans son cœur. Et ce pouvoir sauveur du Christ s'étend aussi bien aux corps qu'aux esprits et la manifestation de ce pouvoir sur les corps est l'image, l'annonce de la bonne nouvelle de cette guérison plus profonde encore celle du cœur des hommes qui permettra à cette humanité innombrable de se rassembler dans le Royaume des cieux.
C'est la même pensée qui nous est discrètement mais réellement manifestée dans ces mots à propos de la belle-mère de Pierre. "Il lui toucha la main, la fièvre la quitta, elle se leva et se mit à les servir." Elle se leva. En grec dans lequel cet évangile est écrit "se lever" est le même mot que "ressusciter". Et à plusieurs reprises, dans différentes guérisons opérées par le Christ, l'évangéliste emploie à dessein ce mot. Ainsi quand Jésus guérit une femme courbée : "elle se redressa, elle se releva." En effet, les guérisons opérées par le Christ sont une annonce de sa résurrection et de notre propre résurrection car ce n'est pas seulement une maladie passagère mais la mort qui sera vaincue par le Christ, quand nous nous relèverons tous dans la splendeur de nos corps ressuscités pour participer non seulement avec notre esprit mais aussi avec notre chair au triomphe et à la gloire de Jésus.
Il y a une dernière indication qui va peut-être tout au cœur du mystère, dans la toute dernière phrase de cet évangile. En guérissant les malades Jésus accomplissait la prophétie d'Isaïe : "Il a pris sur Lui nos infirmités, Il s'est chargé de nos maladies." Si Jésus guérit les malades, si Jésus ressuscite nos corps mortels, si Jésus guérit aussi nos cœurs, s'Il est ainsi le Sauveur de l'homme tout entier, ce n'est pas seulement par un effet de sa puissance, de sa toute-puissance divine, de sa toute-puissance créatrice, mais d'une manière beaucoup plus profonde et plus mystérieuse, parce qu'Il a pris sur Lui notre mal, Il a pris sur Lui nos souffrances, nos infirmités, nos maladies, Il a pris sur Lui notre péché, "Il a été fait péché pour nous", Il a été déchiré dans sa chair. C'est le mystère de la croix, c'est ainsi que Jésus parvient à la résurrection et à notre résurrection. C'est en prenant sur Lui, en endossant tout ce qu'il y a de souffrance, tout ce qu'il y a de mal, tout ce qu'il y a de maladie, de maladie du cœur et de péché en nous, c'est en prenant sur Lui tout cela que Jésus nous en délivre. Il ne nous délivre pas seulement par un geste de puissance, Il ne nous délivre pas seulement par une parole divine, Il nous délivre par ce mystère de l'amour divin qui va jusqu'au plus profond de notre souffrance et de notre douleur pour s'en charger Lui-même et ainsi nous guérir, nous sauver et nous donner part à sa résurrection.
AMEN