LA RÈGLE D'OR

1 P 4, 12-19; Mt 7, 1-12

(21 juillet 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

ont rassemblées dans ce passage d'évangile un certain nombre de réflexions de Jésus à ses disciples. Je voudrais vous inviter à réfléchir vous-mêmes sur la dernière, ce que l'on appelle la règle d'or de l'évangile : "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-même pour eux. Voilà la Loi et les prophètes !"

C'est vrai, nous attendons énormément des autres. Nous attendons un peu tout des autres. Nous attendons qu'ils nous fassent du bien, nous attendons qu'ils nous donnent ce dont nous avons besoin avant même que nous le demandions, nous attendons qu'ils s'occupent de nous, qu'ils nous soignent, qu'ils nous respectent, qu'ils comprennent ce que nous vivons qu'ils soient bienveillants à ce que nous sommes. Au fond, c'est vrai, notre regard est très centré sur nous-mêmes parce que nous avons envie d'être servis, d'être entourés, que l'on s'occupe de nous. En soi cela n'est pas mauvais mais c'est une pente extrêmement glissante puisqu'elle nous ramène irrémédiablement vers nous-mêmes. C'est une forme du péché cet égocentrisme où nous nous prenons justement pour mieux ou plus que les autres et attendons d'eux tout ce dont nous avons nous-mêmes besoin sans avoir envers eux le désir de le leur donner d'abord.

Et au fond ceci résume cette courte parabole de la paille et de la poutre car attendre tout des autres sans jamais rien leur donner, c'est la poutre dans notre œil. C'est cela qui empêche notre regard de voir clair c'est-à-dire de considérer les autres et de les servir. L'œil bouché par une poutre est dans l'obscurité et quand on ferme les yeux on ne voit rien d'autre que le noir c'est-à-dire soi-même. Cette parole de l'évangile qui est au fond une règle morale de convivialité, de relation, Jésus dit : "C'est le Loi et les prophètes !" Pourquoi ? Parce qu'elle nous oblige à considérer d'abord l'autre pour ce qu'il est. Et même je dirais que c'est une parole pas tout à fait parfaite. Peut-être qu'il y manque la révélation du Nouveau Testament car si nous faisons pour les autres ce que nous aimerions qu'ils fassent pour nous, c'est une chose déjà bonne, mais la totalité de la gratuité n'est pas acquise. Au fond, il faut faire pour les autres tout ce qu'ils attendent, à la limite sans rien attendre en retour.

A la lumière de cette parole de Jésus, regardons quelle est la vérité de notre vie face aux autres. Et les autres c'est l'épouse, le voisin, le frère, la grand-mère, ceux qui travaillent avec nous. Les autres, ça n'existe pas, c'est toujours l'autre c'est-à-dire le plus proche, celui auquel nous nous devons d'abord. Et c'est dans ce que nous devons et sommes pour le prochain que notre relation à Dieu prend sa vérité c'est-à-dire qu'elle se vérifie. Et c'est aussi là qu'elle est éprouvée comme l'or au feu.

 

 

AMEN